Automne

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Journée pluvieuse et froide. Le regard perdu dans la grisaille qui semble collée aux carreaux de la fenêtre, elle est songeuse. Arrivée au crépuscule de sa vie, elle est disponible et se tient volontiers dans ces rêveries qui l’emmènent dans le passé, puis dans un futur proche, en passant par ce présent qu’elle vit avec une curieuse lucidité.

Tiens, ce matin, encore une nouvelle tache brune qu’elle remarque sans étonnement sur le dos de sa main. Depuis quelques années, elles se sont multipliées sur sa peau, discrètement et sans douleur, minuscules témoins aux couleurs d’automne annonçant la fin des saisons verdoyantes.

Tranquillement, elle observe avec curiosité mais sans regrets les changements qui s’opèrent silencieusement en elle. Souvent, avec un humour que rien ne peut altérer, elle se bat avec un poil venu fleurir en une seule nuit la pointe de son menton. C’est d’ailleurs toujours avec la même jouissance, déjà certaine de sa victoire, qu’elle entreprend l’élimination du fâcheux avec la pince qui va l’extirper sans pitié.

Les durs combats qu’elle a livrés jadis ont gravé leur nom dans son corps et sculpté son âme. Elle est paisible. Alors, chaque transformation en elle, chaque ride, chaque cheveu blanc n’a jamais pu outrager l’image que lui renvoie son miroir. Elle revendique simplement une beauté que seul peut entrevoir celui qui la regarde avec amour.

Un romancier d’autrefois (1) a écrit : « je donnerais deux étés pour un automne ». Elle est toujours en automne désormais en attendant sereinement l’hiver où, seulement en apparence, tout s’endort.

Hélène

(1)  Gustave Droz  (1832-1895)

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Publié dans plume par plume

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I
Belle philosophie de vie...
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