D'une plume à l'autre

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Chaque plume propose à sa plume voisine une phrase en guise d'incipit afin d'improviser un court texte.

L'incipit en question figure en italique dans chacun des textes présentés.

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Ce matin, sous le soleil déjà ardent, Léa avançait d'un pas incertain. Une brume légère baignait la campagne, les arbres se devinaient tels des ombres dansantes. Un tronc étiré semblait se projeter vers un autre dans un ballet blanc cotonneux.

La jeune femme n'avait pas les idées claires. Elle savait qu'elle devait partir, quitter cette maison qui n'était plus à elle. D'autres l'avaient achetée et l'habitaient. Elle n'arrivait pas à renoncer à cette partie de sa vie, quelque chose de doux et de fort la rattachait comme un fil invisible : la couleur des murs, les pierres ocres chaudes qui reflétaient le soleil, l'odeur de thym devant la porte entêtante qui collait aux pieds, la douceur de la rampe cirée par tant de mains amies venant la visiter.

Oui, elle partait, mais son cœur restait là dans la rosée du matin à scintiller sur les brins d'herbe qui pleuraient son départ. Oui elle partait, mais comme dans un rêve ses pas ne laissaient pas de traces. Ils effleuraient un ici, un ailleurs, un au-delà qu'elle ne pouvait pas imaginer. Elle savait. On lui avait dit. Elle avait une adresse. Un studio en ville.

Elle attendait le car sur le talus herbeux. Ce n'est que lorsque la porte grinçante se referma et coinça sa valise qu'elle sut qu'elle était partie.

Joëlle.

Mes chaussures me vont bien

Mes chaussures me vont bien. Elles emboîtent élégamment mes pieds et je compte sur elles pour m’assurer une parfaite stabilité. S’étant rapidement adaptées à leur morphologie, elles m’ont fait l’amitié d’adoucir leur contrainte et je leur en sais gré.

Aussi, lorsqu’elles donnent des signes de grande fatigue, fripées, tristes et sans éclat malgré le cirage et la brosse, il m’est bien pénible de songer à remplacer ces compagnes de route devenues témoins de mes escapades, de mes déambulations à travers les sentiers. Retrouverai-je avec leurs remplaçantes, ce léger crissement de leurs semelles sur le gravier, troublant agréablement mes silencieuses promenades ?

Oui j’hésite, puis accorde encore et encore un sursis bien mérité à mes chaussures devenues défaillantes.

Parfois, j’observe des chaussures négligemment jetées dans l’entrée d’une maison et cela me déplait. Même si elles ne m’appartiennent pas, je serais tentée de les redresser et de les remettre sagement côte à côte. Un geste respectueux…

Les vieilles chaussures auraient-elles une âme elles aussi ?

Hélène.

Les lucioles

Les petites filles, jambes nues, couraient à perdre haleine à travers les bosquets du jardin, comme des petites folles, ou des petits lutins éclairés par les rayons de la lune.

Où couraient-elles ces petites filles ? Pour quelle raison ces courses éperdues ? Que cherchaient-elles dans les buissons humides et odorants de cette fin d’été ?

Trois petites filles au milieu de la nuit avaient quitté sans bruit la chambre d’enfant aux rideaux fleuris. Sans bruit et les pieds nus sur le tapis de l’escalier, sur le frais carrelage de la cuisine dont elles avaient ouvert la porte vers le jardin endormi, s’esclaffant doucement dans le plaisir de cette escapade nocturne. Les pieds nus sur l’herbe fraiche des pelouses, elles avaient dansé sous la lune, surprenant des vols d’insectes aux ailes diaphanes. Elles s’étaient envolées comme des lucioles légères et bavardes, se dissimulant au creux des buissons par crainte des chauves-souris. Seuls les oiseaux de nuit furent témoins de leurs sarabandes…

Trois petites filles cette nuit-là ont célébré la liberté de l’enfance.

Annie.

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Publié dans plume par plume

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I
Une maison que l'on doit quitter, des vieilles bonnes chaussures, trois lucioles dansant... Merci les Plumes pour ces moments de vie...
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