En attendant...

Publié le

En attendant...

ATTENDRE.

Définition : verbe transitif.

Rester en un lieu, l'attention étant fixée sur quelqu'un ou quelque chose qui doit venir ou survenir.

Publicité

J’arrive dans ce café, le cœur battant, un soir après le travail. Tu m’as donné rendez-vous à 19h00. Nous nous sommes retrouvés sur le net. Combien d’années après ? Plus de vingt, j’ai du mal à calculer, un problème de neurones désorganisés sans doute. Nous étions adolescents. J’ai quarante-cinq ans. C’est toi qui m’as contactée via ce site de retrouvailles. Se connecter à son passé, à sa jeunesse, refaire battre le cœur de l’enfance, ne pas fermer la porte. J’ai répondu étonnée. Je t’avais oublié. Que voulais-tu ?

Après les politesses d’usage, on s’est échangé nos mails, puis notre adresse Skype. Quelle idée ! Un jour tu me demandes de me revoir. J’hésite. Pourquoi pas ! Et me voilà dans ce café à t’attendre. J’ai une tasse devant moi pour patienter, pour me donner une contenance. Je me demande ce que je fais là. J’hésite à me lever et partir. Il est 19h15. Tu n’es pas là. Mon portable n’a pas sonné. J’hésite à t’appeler. Je me sens ridicule soudain. Tu vas me trouver changée. Moi aussi je verrai le temps qui a posé sur toi ses serres d’aigle. Peut-être aurait-il mieux valu  continuer à se parler virtuellement. 19h20, toujours pas là, j’allume une cigarette, je suis en terrasse, j’ai le droit. Je décide de partir à la fin de celle-ci si tu n’es toujours pas arrivé.

Mon portable bipe : un simple texto : « je suis en moto, j’arrive dans trois minutes ». Tu as de la chance. Un peu plus je quittais les lieux. Tu aurais trouvé une place vide et une cigarette écrasée. Et je te vois sur ta bécane, le casque camouflant ton visage. Tu ne m’as pas vue. Tu trouves une place juste à côté du café, juste à côté de la terrasse. Tu coupes le moteur, retire ton casque. Tu n’as quasiment plus de cheveux mais toujours les mêmes yeux. Tu t’approches, tu me souries. Tu t’installes naturellement comme si c’était une évidence, comme si les années n’existaient pas, comme si tu n’étais pas en retard. Ma cigarette est écrasée dans le cendrier et je suis là à te regarder. Mes mains tremblent un peu. Tu commandes aussi un café. Et nous parlons toute la soirée. Le temps ne nous a pas abîmés. La vie si. Mais on est là tous les deux à s’écouter, se redécouvrir. Et j’aime cet instant volé, ce petit secret à cacher.

Isabelle.

____________________________

Je baille, je m'ennuie, j'attends. Le quai est gris, vide et plein de toute cette attente. Le temps s'arrête. Insidieusement les minutes ralentissent pour se transformer en un soupir long qui s'exhale de mes poumons. La tête vide je fixe les annonces sans les voir. Je suis en mode "pause". Le mot "retardé" s'affiche. Retardée mentale que je suis par l'attente, je mets un moment à comprendre que je vais  être en retard. Le train m'abandonne, colère, angoisse, nervosité, la pression monte. Je regarde sans arrêt ce foutu panneau qui clignote bêtement. Faire confiance. Attendre sans savoir. Je m'efforce alors de compresser le temps pour que les minutes passent plus vite et qu'au bout du quai ce train fantôme arrive. La foule est de plus en plus compacte. Les pieds dans le wagon je lâche et décompresse le temps pour que les minutes s'allongent et que j'arrive à temps. C'est épuisant !

Joëlle.

____________________________

Suppose un éloignement, un rapprochement à venir … quand ?

Toujours trop long, toujours trop tard puisqu’on attend, puisqu’on manque de l’autre qui n’est pas encore là, puisqu’on s’impatiente puisqu’il compte puisqu’on l’attend, puisqu’il vaut qu’on l’attende, puisqu’il a accepté de venir, de vous rejoindre.

L’autre attendu qui compte, dont la rencontre importe, même si la rencontre de cet autre n’est peut-être qu’une illusion …

Est-ce possible de rencontrer vraiment l’Autre ? Un autre différent, pas un inconnu mais toujours insaisissable quand-même, même quand vous l’étreignez, même quand vous l’avez conçu.

Un autre qui compte, qui vient après l’attente combler son manque, votre solitude même temporaire, votre frustration quand l’attente est longue, quand l’attente est imposée par le réel, les contingences, celles qui viennent toujours par définition s’opposer au désir.

L’attente qui se sait, mais ne sait se résoudre tant elle reste vague, dans le vague, dans la brume de la conscience. Irrésolue. Inhibée parfois, indéterminée…

Danielle.

 

Publié dans autour de

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article