Le passé à venir...
A partir d'une carte tirée au sort,
chaque plume improvise un texte
inspiré de l'illustration et du mot ainsi révélés,
sur le thème d'un songe d'une vie antérieure.
D'après les cartes
accompagnant le livre
L'Oracle des vies antérieures
de Virtue Doreen.
Que vous inspirent ces même cartes ? Adressez-nous vos textes afin que nous les publions. Découvrez ou proposez des commentaires en bas de page.
Le beau voilier ! Celui qui me fait rêver depuis toujours.
Pourtant, je sais ...
Lors d'une tempête violente, je péris avec lui, j'en suis sûre.
Et cette certitude est renforcée par ma fascination pour les voiliers et ma peur panique de l'eau.
La coque élancée, la voilure déployée gonflée par le vent, sur les eaux déchainées la goélette gracieuse m'entraîna vers le fond.
Lorsque, assise sur un rocher, au soleil couchant, je considère cette masse liquide, j'étouffe sous son poids. Je suis attirée et repoussée en même temps. Je ne peux choisir. Pourtant, la paix et l'oubli sont au fond, qu'étais-je? Un marin aguerri, une voyageuse en quête d'aventures, les poissons ont-ils apprécié mon corps ? Mon âme a-t-elle pu s'envoler vers la liberté ? Il me semble, mais je n'ai pas encore pu me retrouver dans cette immensité, et je reste fascinée.
Monique.
A l’ombre des grands marronniers, l’enfant était assise sur les marches du vieux perron de la maison depuis très longtemps inhabitée.
Elle vivait ses premières vacances au cœur d’un petit hameau situé non loin de Montauban.
A l’heure où la campagne était figée dans la touffeur accablante de ce mois d’août, tous reposaient, gens et animaux de la ferme. Seul le chant des grillons venait troubler le silence.
La petite fille goûtait ce moment de solitude. Bercée par la rêverie de ses sept ans, elle se tenait immobile et dans la mystérieuse attente de quelque chose dont elle pressentait la venue. C’est alors qu’elle fut peu à peu envahie par une intense émotion qui la submergea ; les larmes montèrent à ses yeux et elle leva la tête vers le ciel. Tout son être fut soulevé, entouré et doucement étreint par un amour infini qu’elle reconnut, l’espace d’un éclair. Elle se souvint alors d’où elle venait.. « Là-bas » était la maison qu’elle avait quittée quelques années plus tôt.
Elle demeura longtemps assise sans bouger, espérant revivre à nouveau cet instant trop vite disparu derrière le voile de sa mémoire. Mais ce souvenir, si bref qu’il fût, devait cependant changer le cours de son existence car, à présent, elle SAVAIT ; elle comprenait aussi pourquoi d’étranges moments de nostalgie l’écartaient de la belle insouciance des enfants de son âge. Son entourage s’interrogeait d’ailleurs sur certains de ses regards qui voyaient plus loin, si loin…
Elle n’avait que sept ans, certes, mais c’était une vieille âme… un moine, une petite nonne peut-être ?
Aujourd’hui, la tête couronnée de cheveux blancs, elle vient parfois s’asseoir sur le vieux perron où elle attend, pensive mais sereine. Les yeux clos, elle regarde « là-bas » car elle SAIT, pour toujours.
Hélène.
Que de bruits ! Que de cris ! Les artisans sont à l'ouvrage dès l'aube et la ville s'anime au fur et à mesure que les rayons du soleil percent les murailles et entrent dans les maisons de terre séchée. Les femmes soufflent sur les flammes du foyer et les petits enfants se frottent les yeux. Hier, ils se sont couchés tard car autour du feu les maîtres étaient réunis et leurs paroles ressemblaient à de la lumière, leurs yeux et leurs cheveux en étaient tout inondés.
J'ai été baptisée dans cet amour et toujours je me souviens : odeur de terre, poussière et soleil brûlé. Je marche dans le désert, le point d'eau est éloigné. La fatigue me prend et je désespère mais dans mon cœur je reprends courage, ce soir le groupe au complet sera là. Je dois tout préparer pour les recevoir et mon âme chante de joie, ceux que j'aime seront là. La charge de la jarre semble moins lourde. Un air frais entre dans mes poumons, me chatouille et me donne envie de rire. Je chante avec les esprits de l'eau, de la terre et du vent. Ceux que j'aime me parlent, mes pensées se mêlent aux leurs, je suis déjà avec eux. Que de choses à se dire depuis qu'ils sont partis. Que d'expériences à vivre ensemble autour de ce repas !
Communion d'amour, je flotte dans la lumière riche de ces instants partagés.
Joëlle.
Un dédale humide et sombre, des frôlements, des frottements désagréables qui font tressaillir, et la rudesse de ceux qui me conduisent sans ménagement, tandis que mon corps,se heurte aux parois des murs et que mes pieds trébuchent sur des affleurements de rochers ou sur des dalles… Les yeux bandés et les bras entravés, je ne m'appartiens plus, livré à la violence de ces hommes que je n'ai pu voir car il m'ont saisi soudain dans une étroite ruelle tout près de mon logis à la tombée du jour.
Un grincement de ferraille et je bascule lourdement sur quelques marches inégales tandis que l'on m'arrache le bandeau qui enserrait mes yeux. Le sol de ma prison - car je suis de fait emprisonné - est froid et gluant. L'obscurité de la geôle est à peine éclairée par un rai de lumière aigu comme une lame.
Tout mon corps est endolori, mes coudes et mes genoux me brûlent, écorchés et sanglants. Je reste prostré au sol, longtemps, et le plafond voûté est si bas que même si je pouvais me relever j'aurais peine à me dresser sans le heurter de mon front.
Des crépitements d'insectes qui grouillent autour de moi et des couinements de rongeurs ajoutent à l'épouvante qui me gagne. Il ne faut pas je me laisse m'abandonner à l'angoisse. Je dois reprendre la maîtrise de mes pensées.
Pour quel crime ou quelle vengeance m'a-t-ton capturé et conduit dans ce lieu sous la terre au milieu de cette vermine ? Serait-ce ce pamphlet dont je suis l'auteur pour en appeler à la liberté et combattre la tyrannie de cet imposteur qui a pris le pouvoir et détourné les lois de notre patrie ?
Annie.
D’où lui venait le bonheur d’écrire qu’elle s’était découvert à la trentaine bien sonnée? Ce besoin irrépressible de donner libre cours à la traduction de ses émotions sur le papier, dans la poésie en particulier.
Laisser parler l’inspiration, lui permettre de « prendre les mots par la main », dans l’urgence du moment, quand l’esprit se libère si bien du quotidien que les mots se bousculent, articulés en harmonie, comme dans une composition musicale.
Elle avait bien une grand-mère, en province, qui écrivait parfois des poèmes pour le journal de l’hôpital de jour, mais elles s’étaient vues si peu souvent autrefois …
Non, il n’y avait pas d’explication logique à la passion créative qui l’animait. Rien ne l’y préparait, rien ne l’y prédestinait ni dans sa famille modeste, ni dans ses études, ni dans ses loisirs de jeunesse, ni dans son entourage d’alors.
A moins, songeait - t- elle, que dans une supposée vie antérieure, elle n’ait été écrivain. Amie par exemple au dix-neuvième siècle de cette poète Marceline Desbordes-Valmore qui recueillait toute son admiration enthousiaste.
Danielle.
C'est une évidence impalpable. Une vérité abstraite. Un héritage, une transmission subtile dans le labyrinthe du temps.
Au plus profond de mon être vacille la flamme d'une bougie déposée sur l'autel d'un temple bouddhiste. Le cœur d'une statue de pierre bat régulièrement et irrigue mes veines. Drapée d'une toge safran, une déesse ferme les yeux et rythme ma respiration.
Sagesse et volupté d'une terre orientale me transcendent, enrobent mes peines intimes et apaisent mes peurs ancestrales.
La présence sereine et mystérieuse d'un ancêtre trace des chemins de vie, réveille des parfums d'encens. Son message dessine des pétales de fleurs sur le fil invisible et éternel de la vie d'hier, d'aujourd'hui et de demain.
Sylvain.