Paysages
Les plumes improvisent un texte à partir de photos de paysages nippons tirées au sort

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Voyage au coeur du silence
Brume blanche, respiration haletante, la marche est lente et posée. Le vert m'entoure, me submerge, m'avale. Je respire la buée végétale qui s'exhale de la forêt dense et touffue. Point de ciel mais un rideau de branches et de feuilles emmêlées.
Les bêtes crissent, les arbres bruissent. Le long des troncs, de longues files d'insectes se déroulent lentement dans un ailleurs où le temps de l'homme n'existe pas. Le corps se relâche et cherche sa respiration dans la moiteur de l'air.
Le chant d'une chute d'eau vient couvrir celui des oiseaux. Le long de la roche le souffle devient plus frais. Un gargouillis répond sous mes pieds à la pression du corps. Les bulles se forment, gourmandes, dans un bruit de succion.
A travers le terrain marécageux s'engage un jeu de piste comme un pas de deux avec les pierres. Le rideau de plantes frémit, un filet d'eau court sous ma main. Une faille s'ouvre au coeur de la montagne.
L'air frais caresse ma peau. Je me faufile et m'arrête au bord de cet univers silencieux et sombre. De faibles lueurs me guident pas à pas. Je me dirige vers le son d'une goutte d'eau qui éclate sur les parois à intervalle régulier. L'eau perle de la roche dans un reflet irisé. Elle se balance, instant incertain, sous le poids de la gravité puis fait le grand saut. L'écho de sa chute se répercute sur la paroi, vibration du corps et du coeur comme la promesse d'une calme éternité.
Joëlle.
Méditations
Sous la lune, ce soir, les herbes de la pampa sauvages ballaient l'obscurité silencieuse. Je ne me lasse pas de te regarder belle sphère lumineuse et je prie les mains jointes ; les feuilles d'érable carmin et or éclaboussent mon visage. Je suis muette et me sens si petite devant l'infini beauté du temple où des bonzes emplis de sagesse méditent, l'oeil cerné d'un sourire.
Une mousse douce recouvre les statues de pierre, une coulée de verdure ondoie sur les crânes dénudés et contemplatifs.
Je flotte dans l'univers, sans attache, le ciel est mon refuge. J'essaye de chanter une ancienne comptine venue du cœur de mon enfance. J'ai oublié les paroles.
L'invisible me caresse les cheveux d'une légère brise, comme une main rassurante.
Je baigne dans l'azur d'un ciel sans étoiles mais l'astre de la nuit luit et pose sur moi son mystère de diamants.
Les hommes paisibles viennent près de moi, assis ensemble dans une même chanson éternelle.
Je suis là, les yeux fermés, ouverts vers le cœur.
Isabelle.
Bientôt
La neige a recouvert les arbres et jusqu’aux cimes des collines. Le givre a cristallisé les branches dénudées dans un décor gris et froid, ni tout noir, ni tout blanc ; un décor où l’immobilité le dispute au silence, voire à la tristesse.
Mais du bas de la vallée une voie se dégage. Elle conduit sans sinuer vers un abri, une sorte de nid douillet où brûle une lueur.
A la fin de la saison froide le soleil réveillera les sapins et le ciel s’embrasera bientôt de couchants somptueux aux tons rose et pourpre.
Danielle.
Ailleurs
Au-dessus des vallées, des fleuves et des villes, par delà les montagnes enveloppées des brume… Silence et légèreté de l’air, liberté de l’âme délivrée…
Le corps désincarné s’enivre de parfums subtiles comme les souvenirs évanouis de la vie passée. Un velours végétal a recouvert terres et rochers comme un commencement nouveau, un printemps qui n’aura pas de fin.
Annie.
Sous la brume, qu'y a-t-il ?
Le plateau, domestiqué par des murets de pierre inspire le calme, la sérénité. Quelques pins, miraculés, se dressent presque au dessus de la falaise. La vallée, dessous le plafond nuageux s'est endormie, attendant le soleil.
