Des sons et des mots

A partir de la bibliothèque sonore de l'artiste Des Coulam, les plumes avaient pour consigne d'écrire un texte inspiré par un enregistrement sur le marché de Barbès à Paris.
Découvrez la biographie de Des Coulam, accédez au blog Soundlandscapes et écoutez l'enregistrement sur le marché Barbès.
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Tohu-bohu Barbès
Sous les arches du métro parisien le marché bruit s'enchante et nous accueille. Une psalmodie : "un euro, deux euros le kilo ! Il est beau mon poisson ! Mes fraises ! Banane !"
Un cri lancé, rattrapé au vol par une femme qui proteste ! Le héros aux gros bras appuie fort sur la balance pour faire bon poids. La voix claque le chiffre comme un coup de fouet. La cliente n'est pas contente. Pour l'amadouer il lui donne un bouquet de persil ! Allons, il n'est pas si mauvais que ça ! Même roulée elle doit le remercier. Un sourire en coin il encaisse. Tout est jeux ! Perdant, gagnant, il n'y a pas de sens, le plaisir est de jouer, crier fort, attirer le chaland et faire la recette.
Dans l'odeur des poissons qui se défont sur la glace et parmi les dernières fraises talées surgissent telles des ombres les clients qui attendent la fin du marché, pour quelques feuilles de choux ou radis tombés du panier, petits retraités, étudiants, familles nombreuses, sans papiers, femmes isolées... la liste est parfois nombreuse de ceux qui viennent récupérer les invendus de la fin du marché. Odeur de poireaux écrasés et de viande avariée. Allez, on brade, le patron ému d'une détresse cachée fait un geste ! Ça se bouscule en continuant de blaguer, de rire, de chanter et de crier. Vêtements colorés, dialectes mélangés, ici coule une vie qui remplit le ventre de bonne humeur avec l'impression d'avoir voyagé loin dans l'espace et dans le temps et dans le cœur des hommes.
Joëlle.
Le marché de Barbès
Coloré, bruyant, attractif, enchanteur, vivant et tourbillonnant, le marché de Barbès exprime sa saveur. La foule bigarrée alimente l'atmosphère. Chaleur, bruissements des chalands, harangues des vendeurs à la sauvette, l'un avec ses montres, l'autre ses jeux, un troisième au tam-tam.
« Allez, viens m'dame, goûte mes tomates fraîches ! »
« Un euro le plateau ! »
Des loukoums luisants excitent les papilles, l'air est saturé de l'odeur de fritures de la grande bassine où nagent des courgettes à l'huile incertaine.
Chacun y va à qui mieux mieux de son cri pour attirer le client. Les visages sont souriants, les mains s'agitent au dessus de la nourriture, inspectent les aliments.
Les mamas en boubous bariolés choisissent avec soin les légumes leur rappelant le pays tant regretté. Les graines de semoule roulent ; les épices aux senteurs divines chatouillent les narines et comblent le regard.
Des marchands de tissus ou de vêtements africains décrochent des tenues attirantes pour les faire essayer aux femmes empressées.
C'est gai, chaud, lumineux. On se croirait à l'autre bout du monde. On négocie à tout va, comme là-bas.
Et puis, tout s'en va.
Isabelle.