Cauchemar
A la croisée des chemins, son cheval a marqué l'arrêt. Il refuse d'aller plus loin, hennit avec vigueur et se dresse sur ses postérieurs dans un visible effroi. Le cavalier insiste, intime un ordre impératif à sa monture qui le renverse alors et s'enfuit, rebroussant chemin.
Furieux et meurtri, l'homme se relève au moment où surgit de la route poudreuse qui tourne vers le nord une sombre créature qui s'empare de lui, l'enserre de ses deux membres en forme de bras démesurés munis de griffes. La malheureuse victime à demi-inconsciente est emportée à vive allure dans un infernal galop sur une route bitumée qui résonne sous les pas du monstre.
Et soudain tout s'arrête au bord d'un obscur précipice bordé d'arbres tendant vers le ciel noir des branches démembrées et tragiques. L'homme s'est trouvé projeté si près de l'abîme que la moitié de son corps est proche de basculer dans les ténèbres. Une vigoureuse poussée, le cri d'un corbeau et la vision d'une affreuse vieille femme... dernières sensations de l'homme qui disparait dans le néant.
Annie.
Texte inspiré par le thème de la croisée des chemins et par le titre d'une œuvre de Friedrich Caspar David parmi "Femme avec toile d'araignée entre des arbres dénudés" et "Femme (au corbeau) au bord du précipice" à l'occasion de l'exposition au Louvre : "De l'Allemagne : de Friedrich à Beckmann, 1800-1939".
Friedrich Caspar David - Femme avec toile d'araignée entre des arbres dénudés - 1803-1804, estampes gravure sur bois

