Pages tournantes >>> Une jeune femme derrière une fenêtre observe la danse d’une phalène ; tout ce qui l’entoure, dedans comme dehors, elle le voit à travers le regard qu’elle porte sur cette phalène insignifiante en train de mourir.
d'après un thème extrait de L'atelier d'écriture: Éléments pour la rédaction du texte littéraire par Anne Roche, Andrée Guiguet, Nicole Voltz, paru en 2010 aux Editions Armand Colin.
(le changement de couleur traduit le changement de plume).
La pièce se rétrécit, l’air devient irrespirable. La tête me tourne légèrement comme grisée par l’alcool. Je titube un peu et me rattrape de justesse. Je suis comme translucide. Vivre encore une journée seulement ! Il faut profiter de chaque instant, se dit la phalène et l’amour prend tant de temps ; il faudrait trouver le moyen de se reproduire rapidement afin de pouvoir connaître le vaste monde. Comme trouver ici une phalène-sœur avec laquelle se reproduire ?
S’élevant à nouveau dans la pièce encore éclairée par le soleil, elle entrevoit alors une autre phalène voletant à la surface d’un miroir. Elle se précipite en espérant un accouplement rapide. Hélas, il n’y a rien sur la glace, elle a seulement vu son image. Découragée, elle se dit « Adieu la vie ! Je n’aurai pas d’enfants !... »
Alors qu’elle médite sur l’absurdité de l’existence, l’ironie cruelle de la beauté éphémère et la pesanteur de sa vie d’être léger, le ciel s’obscurcit soudain, envahi d’une nuée d’insectes et parmi eux, des dizaines de papillons aux ailes claires l’entourent aussitôt ; c’est comme s’ils la soutenaient, la portaient en un tapis zigzagant. Ils l’entrainent en une danse joyeuse, en une merveilleuse sarabande. Et la petite phalène, dans cette nuée blanche et tourbillonnante trouve son compagnon de quelques heures, en dansant et voletant, alors qu’un pâle rayon de soleil transperce les nuages.