Pages tournantes >>> Dans sa poche ballottait un revolver

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Pages tournantes >>> Dans sa poche ballottait un revolver



D'après l'excipit du roman
Le village évanoui
de Bernard Quiriny.

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Rappel du principe : chaque plume complète le récit par une ou deux phrases de son cru avant de confier le texte ainsi modifié à la plume voisine. Le récit prend fin lorsque chaque plume conclut le texte qu'elle a elle-même initié. Le changement de couleur traduit le changement de plume.

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Première histoire.

Dans sa poche ballottait un revolver.
Elle venait de l’acheter
chez l’armurier de la rue de la Gare
avant de prendre son train pour Maubeuge.

Les wagons étaient pleins de monde et elle dut rester debout dans le couloir, avec cette arme sur elle. Pourvu qu'aucun voyageur ne la serre de trop près, elle serait fichue. Elle gonfla son ventre pour éloigner toute velléité intempestive de la part d’un voyageur trop intéressé par sa tournure. Enceinte, elle était tranquille. Elle pouvait espérer qu'un galant homme lui céderait sa place-assise... mais non, rien que des malotrus dans cette voiture ! Vivement que le train s'arrête !
C’est alors qu’un violent coup de frein la fit basculer, avant que des montagnes de bagages ne s’écroulassent et ne la recouvrissent entièrement. Une déflagration retentit... Elle n'avait pu retenir sa main qui maintenait le revolver dans sa poche. Elle était face à son destin.
Elle venait d’abattre le contrôleur. Ça tombait bien d’ailleurs, elle avait oublié de composter son billet !

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Seconde histoire.

Même principe.

Dans sa poche ballottait un revolver
qu'il avait enfoui
sans que son amie
avec qui il partageait sa chambre

ne s’en rende compte ; elle rêvassait, ça tombait bien. Lui, ses projets étaient loin d’être des rêves dorés. Violent, revanchard et obtus, ses intentions avaient pris un virage dangereux depuis qu’il s’était procuré une arme. Le pouvoir que lui conférait cet instrument de mort le grisait ; il en sentait les effets dans tout son corps, « c’est mieux que l’amour » se dit-il  en tirant trois coups nets sur la fille dont le corps fut secoué trois fois. « Comme un lapin » se dit-il, « je l’ai eue comme un lapin, la grosse ! ».
Bon, j’ai faim maintenant ! qu’avait-elle préparé à bouffer ? C’est malin, j’aurais dû manger avant de la zigouiller ! »
Cependant, en cherchant bien dans le bas du frigo, il découvrit un reste de porc aux haricots. « Chouette ! ».  Il avala la préparation mais, immédiatement, avec horreur, il comprit en ressentant les premières douleurs qui commençaient à le déchirer, qu’elle l’avait empoisonné.
En pleurant, tandis qu’il rendait son dernier soupir, il se dit tristement : « hélas je vais la retrouver en enfer, et Dieu sait pour combien de temps ».

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