Pages tournantes >>> La nuit et la pluie se mélangent et je suis là qui frissonne à la fenêtre

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Pages tournantes >>> La nuit et la pluie se mélangent et je suis là qui frissonne à la fenêtre

D'après une phrase extraite du roman
L'huile sur le feu d'Hervé Bazin
paru aux éditions Grasset.

Chaque plume complète le récit par une ou deux phrases de son cru avant de confier le texte ainsi modifié à la plume voisine. Le récit prend fin lorsque chaque plume conclut le texte qu'elle a elle-même initié.

Le changement de couleur traduit le changement de plume.

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La nuit et la pluie se mélangent et je suis là qui frissonne à la fenêtre. Il ne rentrera pas encore ce soir, je le sens au froid qui me remplit et me serre le cœur ; la nuit se referme sur moi. Je reste prisonnière de mes souvenirs ; comment leur échapper ?

Je me détourne de la fenêtre noire et vais me blottir dans le grand lit vide. Le chat vient se lover contre moi et sa douce chaleur m'envahit petit à petit, mes muscles se détendent. Son ronflement me berce, je sombre dans une douce léthargie.

Une musique de fête me parvient un peu étouffée : un bal sans doute dans la salle du restaurant voisin. Des couples vont se former pour des danses langoureuses, et moi je reste avec mon chagrin.

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La nuit et la pluie se mélangent et je suis là qui frissonne à la fenêtre. Il vient de partir et j'aperçois les feux arrière de la voiture qui disparaît au détour de l'allée. J'ai envie de sortir et de courir pour le rappeler, et pourtant je reste là, résignée. Cette fois, ça ne va pas se passer comme ça, je ne vais pas me morfondre à l'attendre. J'attrape mon sac et mon manteau, pleine de rage. Moi aussi je pars !

Ma voiture démarre furieusement sous l'impulsion rageuse de l'accélérateur, je traverse en trombe le parc et la forêt qui lui succède. Les grands arbres s'égouttent sur la carrosserie, renforçant le profond sentiment de solitude qui m'habite. Seule je suis, seule je resterai, c'est ma force ce désespoir, il me permet d'avancer. Au prochain feu je vais tourner à gauche ou à droite suivant mon instinct. A droite c'est la vieille ruelle où j'ai habité autrefois, avant de le connaître, une maison ancienne, une mansarde où j'ai vécu heureuse. J'entre après avoir garé ma voiture.

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La nuit et la pluie se mélangent et je suis là qui frissonne à la fenêtre. L'asphalte noir brille éclairé par la lumière pauvre d'un lampadaire. Je l'ai vu, il est là, comme la nuit dernière et la précédente encore. Il stationne sur le trottoir d'en face et son regard est rivé sur ma fenêtre. Que cherche-t-il avec ce regard étrange ? Son ombre est massive sous la lumière verticale du réverbère. Que me veut-il ?

La crainte m'envahit, ma main se tend vers le téléphone, mais comment expliquer mes peurs à la police ? Décidément, il commence à m'énerver celui-là, çà l'amuse de me terroriser ?  Je veux en avoir le cœur net, je descends et je frappe à son carreau. Il est remonté dans voiture, la vitre est couverte de buée. Je n'aperçois que la masse de son corps effondré sur la banquette. Du sang coule de sa bouche, ses yeux sont révulsés, ses doigts s'agrippent encore nerveusement au revolver...

Je suis saisie de tremblements. Pauvre folle, tu croyais peut-être qu'il te guettait ? Dans ta solitude tu t'es fait des idées, mais c'était lui le plus malheureux des deux... peut-être ?

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