Le labyrinthe de nos pensées

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Le labyrinthe de nos pensées

Cette séquence de l'atelier propose de s'inspirer à la fois d'un personnage et d'une situation contraignante, tirés tous deux au sort, dans le but de composer un texte. Découvrez ci-dessous nos récits à la fin desquels vous sont révélés la double consigne imposée.

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Vibrations

Paré de mon plus bel atour écarlate, j'attends, le cœur en friche, l'entrée dans la salle. Ce soir nous jouons une pièce de théâtre pour Sa Majesté la Reine de la Passion et je me sens l'âme d'un débutant. Mes mains se tordent, mon teint, sous le maquillage, doit être blafard. Je ressens comme un étau au niveau de la poitrine.

J'entends les trois coups. Le rideau se lève. Un silence accueille les comédiens dans la salle. C'est à nous de jouer. L'ombre de l'écrivain coule de nos lèvres vers le public. Ma peur vertigineuse s'envole. Je me fonds avec le personnage. Nul besoin de parodier la folie. Je suis la folie. Elle m'attache, elle me harcèle. Sur scène, je l'exprime en couleur fauve. J'adore jouer. Le théâtre est ma vie. Je suis en extase quand j'entre dans le corps et dans la peau d'un personnage. Être moi-même ne me suffit pas. Je dois être autre à l'infini. Aujourd'hui un fou du roi, demain une jeune déesse, plus tard un vieux paysan. Je me dissocie sans entrave. Ma vie, ma passion, mon envolée lumineuse, mon étincelle joyeuse, c'est sur scène que je les trouve.

Ce soir je ressens les vibrations de la salle, un souffle profond, une communion. Je danse avec les spectateurs dans les méandres de leur être intérieur. Mon âme près de leur âme.

Quand notre pièce se termine, un silence retentit. Le temps s'arrête. Et un déluge d'applaudissements s'élève, des cris, une vague enchantée. Nous saluons en cœur notre public et nous nous tournons vers la reine de la passion, debout, fiévreuse et emportée.

Le rideau se referme et nous donnons libre cours à nos effusions. La magie ce soir était là, circulant au sein de notre groupe. Puis chacun regagne sa loge ôtant costume et maquillage.

Je redeviens un garçon solitaire et peu sûr de lui, qui avance dans la vie avec précaution avant de renaître à la prochaine représentation.

Isabelle.

Personnage : un joker
Situation : vous êtes victime d'une addiction qui dévore votre vie.

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Le petit bonhomme tout vert croyait à sa chance. Il faut dire qu'il n'était pas très malin. Sa mère l'avait poussé dans la voie de la publicité, pensant qu'il pourrait gagner sa vie rien qu'en se montrant tout rond et tout vert.

Hélas ! Le simplet, maladroit, ne savait pas se présenter. La première fois, et la dernière, il resta là, planté sur le paillasson, attendant que la belle jeune femme rousse, ouvrant grand sa porte, lui souscrive l'assurance qu'il lui présentait.

Les rouages de son pauvre cerveau tournaient à plein, mais pleins de vide. Ses yeux envoyaient des éclairs bleus afin de masquer le vide vertigineux de sa petite tête. La pauvre femme, à force de le regarder, essayant de comprendre sa démarche, en avait le tournis.

Alors, posément, réprimant sa peur, elle prit le petit homme tout vert pour le planter dans le pot de terre posé là par hasard et qui n'attendait qu'une plante.

Elle appela le SAMU et les pompiers en décrivant le malheureux fou qui s'était pointé chez elle.

L'ignorante! Elle n'avait pas vu la publicité à la télévision. L'homme vert représentait une compagnie d'assurance déguisé en arbuste, et devait obtenir un succès (très incertain) en plaçant ses contrats.

Finalement, il se plut dans son pot, et poussa, poussa jusqu'au plafond ! Il fallut le replanter en pleine terre et devint un magnifique baobab.

Monique.

Personnage : une femme rousse
Situation : vous sombrez dans la folie.

L'école buissonnière

Dès la plus tendre enfance, impossible d’apprendre. Un refus systématique d’écouter la moindre explication au-delà de quelques minutes. Aussitôt, je reprends ma liberté en laissant vagabonder ailleurs mes pensées autrement intéressantes, de mon point de vue. Un véritable handicap qui me valut tout au long de ma vie d’énerver mon entourage. En famille, à l’école, tous s’évertuaient avec patience, puis perdant patience, à faire entrer dans mon cerveau fermé à double tour ce dont je me passais très bien, règles de conjugaison en particulier. J’avais le don de pousser au découragement les plus insistants.

Sans aucune aide, je m’arrangeais toujours pour atteindre un niveau relativement respectable en laissant agir mon instinct, ce qui me permettait d’échapper aux carcans insupportables. Certes, dans les labyrinthes où je m’engageais, je me trouvais souvent coincée pendant de longs moments mais je parvenais la plupart du temps à trouver une honorable sortie, ce qui créait l’incompréhension, voire l’effarement de certains.

Bien évidemment, à l’âge adulte, il y eut des barrières infranchissables et, à regret, il me fallut renoncer à quelques-uns de mes rêves ; le prix à payer pour mon indiscipline. J’ai bien tenté alors un apprentissage tardif en voulant notamment m’initier au solfège avec l’aide d’un professeur. J’avais rencontré une musicienne tout à fait par hasard – j’y avais vu un signe -  qui  accepta de me donner des cours. Mon ambition était de pouvoir interpréter de la musique classique au piano en suivant une partition.  Las ! on ne se refait pas : au bout de cinq leçons elle jeta l’éponge, et moi également. Devenue mon amie, elle ne décourage pas pour autant ce penchant musical et écoute volontiers mon très modeste répertoire.

Avec le temps, j’accepte et assume le handicap du « non-apprendre » poursuivant ma route sans complexes, en harmonie avec ceux qui parviennent, avec tact et délicatesse et sans le savoir, à faire entrer à l’intérieur de mon cerveau récalcitrant de belles réalités à mes yeux plus essentielles que les règles du participe passé.

Hélène.

Personnage : une personne souffrant d'un handicap
Situation : v
ous n’êtes jamais bien là où vous vous trouvez.

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Salle du paradis perdu

Elle n’avait jamais été jolie, mais dans son enfance elle ignorait cette injustice. Très quelconque, sur des jambes courtes et épaisses cachées le plus souvent sous les chaussettes hautes, elle parvenait encore à se fondre dans la masse de ses petites camarades à l’époque. Il n’en était plus de même.

A présent, elle ne pouvait plus ignorer qu’au regard  des autres en général et des hommes en particulier, elle s’était développée en femme laide. Avec un nez trop long, des lèvres minces, des doigts boudinés et pour comble une poitrine comme des œufs sur le plat.

De là venait sans doute sa nostalgie de l’enfance, de cette époque insouciante où elle jouait avec son frère et son amie la petite bretonne dans la cour de la vieille maison.

C’était la toute petite maison de son arrière grand-mère en fait, louée à grand peine, tant la misère sévissait encore, en ce début des années cinquante, en cette modeste banlieue parisienne. Cinq personnes s’entassaient dans deux pièces sans toilettes.

Mais dans la cour, qui paraissait si grande aux enfants, la liberté s’ouvrait, loin de la surveillance tatillonne d’une mère, loin du regard sévère d’une autre. Le jeu prenait le pas sur les petites déconvenues des enfants heureux de se retrouver, de s’ébattre ensemble.

Et puis le père, menuiser, avait fabriqué pour Noël une grande balançoire à bascule en bois, décorée avec une chute de lino ; dessus, ils s’en donnaient à cœur joie, deux par deux.

Elle se souvient encore aussi du grand bac à lessive en ciment et de quelques arbres derrière lesquels ils jouaient à cache - cache. Excellent jeu pensa-t-elle, non sans amertume, pour une fille laide.

Avec nostalgie, ses pensées vagabondent sur ces souvenirs d’enfance heureuse malgré tout.

Elle avait moins de dix ans quand la famille a déménagé pour un appartement en HLM tout neuf avec deux chambres et même une salle de bains.

Là, pas de cour, mais tous les enfants du quartier se retrouvaient au pied des immeubles, autour des bacs à sable, assez nombreux pour s’imaginer en cowboys et indiens !

Peu importait alors si perle de rosée n’était pas jolie …

Danielle.

Personnage : une femme laide
Situation :
vous avez la nostalgie de votre enfance, ou d’un lieu que vous avez dû quitter.

Mensonges et tromperies

Il naquit dans la brousse au milieu d'une famille unie menant une vie nomade. La petite société à laquelle appartenait sa parenté se composait de cinq ou six familles, souvent d'ailleurs monoparentales car les pères se montraient la plupart du temps indifférents à leurs épouses autant qu'à leur progéniture, et ils reprenaient bien vite leur liberté pour vivre d'autres aventures dans la savane.

Les mères, au contraire, étaient attentives et maternelles, éduquant et transmettant les valeurs du clan aux plus jeunes ; les plus âgées d'entre elles épaulant les primipares parfois maladroites et immatures.

Notre jeune héros était le quatrième de la fratrie. Sa mère, experte et accomplie, imposait au petit de fortes exigences morales, particulièrement centrées sur la nécessité de la vérité contre les désastres du mensonge.

- Mon fils, tu respecteras notre troisième commandement, répétait-elle chaque jour. La vérité toujours diras et jamais ne mentiras.

Mais la jeunesse est parfois oublieuse, même si la nature avait doté ce petit-là, comme les autres petits de ce clan, d'une excellente mémoire.

Lui était frondeur et provocateur, bien disposé à braver les interdits. Toutes les occasions étaient bonnes pour troubler la paix du groupe en inventant mille et une balivernes: l'approche d'ennemis bien entendu imaginaires, un incendie de savane, la chute d'un météore… On cessa de le croire, on renonça même à le châtier, estimant sa conduite maladive ce qui le rendait irresponsable et plongeait sa mère dans un profond désespoir.

Mais l'accumulation des mensonges fut un jour jugée dangereuse pour la sécurité du clan, l'enfant avait grandi, plus de pardon désormais, le conseil des Anciennes Matriarches le condamna à un durable exil loin de ses pairs et de sa famille, et ce malgré les larmes de sa mère.

Sans contrition aucune le jeune exilé, au moment du départ, s'écria à l'adresse du clan rassemblé :

- Je n'ai que faire de vos décrets. Un éléphant, ça trompe énormément. Je suis un éléphant libre. Moi, Jumbo, je vous quitte sans regrets. Je m'en vais vers l'autre Continent au-delà des mers, je vais faire du cinéma, je serai vedette, je ferai fortune loin de votre misérable savane.

Et sur ces paroles, il partit sans se retourner, les oreilles au vent.

Annie.

Personnage : un animal
Situation :
vous êtes victime d'une addiction qui dévore votre vie.

For(t) intérieur

Ma décision surprit mon entourage. A vrai dire elle me surprit moi-même. Un choix soudain, comme un écho à une voix intérieure longtemps ignorée.

Plutôt que de me réfugier dans un univers de jeux vidéos et de musiques, d'écrans et de sons, de décors artificiels et numériques, je pris le parti de séjourner une semaine dans l'abbaye médiévale de l'archipel des Lérins au large de Marseille.

Caprice d'ado avait commenté mon père. Mal-être ou errance avait suggéré ma mère.

Cette aventure révéla un monde étrange et inquiétant, peuplé de silences. S'écouter, s'accorder du temps, accepter l'ennui, nourrir l'introspection : toutes mes pensées convergèrent en un moi nouveau, oscillant entre doute et sérénité, hésitant entre confiance retrouvée et appréhension de l'avenir.

Sans refuge ni fuite possibles, sans échappatoire musicale ou ludique, j'en appris davantage sur moi en quelques jours qu'au cours de ces dernières années.

Derrière les murs de cette tour du silence, le paradoxe fit naitre et croître une voix nouvelle. Une acceptation de soi. Une affirmation de mon identité. Une connaissance de ma personnalité. Une vision juste, objective, ni flatteuse ni sévère. Une prise de conscience. Une vie à inventer avec un décor et des habits neufs. Comme si le manteau de l'enfance avait glissé au profit du costume d'un adulte.

Du plus profond de mon être, je sentais pourtant que l'enfant ne cédait pas la place à l'homme. Je saurais me souvenir de l'enfant que je fus. Je ne devenais pas un autre. Je prenais conscience de qui j'étais.

 

Sylvain.

Personnage : un(e) adolescent(e)
Situation :
vous vous isolez pendant une semaine. Que se passe-t-il ?

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