Des inventaires à inventer
D'après le titre partiel de l'ouvrage de Delphine Gaston-Sloane : Le pourquoi et le comment de nos expressions françaises. Petit inventaire insolite pour les amoureux de la langue française |
N'hésitez pas à nous adresser le vôtre afin que nous le publiions.
Petit inventaire
Une chaise-à-porteurs, un porte-manteaux, une chaise-percée, un perce-oreilles, un coton-tige et un raton-laveur - celui-là je l’ai emprunté à quelqu’un.
Un lit à colonnes, une colonne Vendôme, une colonie de vacances, un VVF, une vieille TSF, deux ragondins qui ne font de mal à personne…
Un masque de fer, un ferrailleur, une carcasse de voiture, un péage d’autoroute, trois tortues marines…
Un tsunami, un tiramisu, et une omelette norvégienne pour la 8…
Un micro-ondes, un four-à-pain, un boulanger à moustaches, quatre barbus, un poisson-chat…
Une Foire du Trône, une foire d’empoigne, une femme à barbe, et, pour finir, une queue de poisson…
Annie.
"Paillettes en boite, jeux d'amour en cage, cheveux en amulettes, potion aphrodisiaque, petits jouets de poche". Tout y était !
Il était prêt pour la grande rencontre du jour. Le premier rendez-vous avait sur lui un effet délétère. Il transpirait à grosses gouttes dans son costume. Les fleurs qu'il avaient achetées commençaient à faire grise mine tellement ses mains étaient chaudes. Son cœur tapait à grand coup dans ses oreilles et sa vue se brouillait de petites taches lumineuses.
C'est alors qu'il l'aperçut et en resta bouche bée. Elle était assise là à la terrasse du café dans la lumière dorée de cet après midi d'été. Elle lisait un livre d'une façon faussement détachée. Il pensa tout de suite au signalement, brune sensuelle, intelligente...Il se dit c'est bien elle, un vrai fruit d'été !
Tout à son émotion, il s'empressa et renversa une chaise. Il se baissait pour la ramasser lorsque ses yeux se fixèrent sur une paire de running rouge qui s'approchait dangereusement des escarpins noirs. Le "mon chéri" l'assomma. Il s'assit sur la chaise dont il tenait le dossier.
Le garçon arriva, il commanda un café machinalement, sans avoir encore repris ses esprits. Il était déçu. Il leva les yeux vers la banquette du fond et croisa son regard. La petite brune maigre et terrorisée qui serrait son sac à main lui faisait face. Il sourit gêné et lui offrit son bouquet fané.
Joëlle.
D'aucuns auraient pu penser en les voyant blottis dans les bras l'un de l'autre, assis sur un banc face à la gare, vêtus de haillons, qu'ils avaient tout perdu, jusqu’à leur dignité.
Leur regard trahissait une communion absolue, une confiance totale. Elle, sur ses genoux, avait posé avec délicatesse une boîte rectangulaire en métal. Leur unique et maigre bagage. Par la seule pensée, le couple ouvrait le modeste coffret et en parcourait le précieux contenu, un concentré de leur amour.
La fièvre des lettres, la dorure de la broche et de l'étui à cigares offerts le jour de leurs fiançailles, le souvenir d'un parfum dans un flocon et d'un voyage à Paris sur une photographie, la blondeur de cheveux oubliés sur une brosse au manche nacré, le temps suspendu d'une montre gousset.
Et, blottie dans un mouchoir brodé à leurs initiales elles aussi enlacées, une clef, dernier symbole de leur demeure avant que n'éclatent les bombes.
Sylvain.
Au cours d'un récent atelier, l'une de nos plumes a proposé d'improviser en quelques minutes un inventaire, qu'il soit ou non associé à des amoureux.