Du début à la fin >>> Du côté de chez Swann de Marcel Proust

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L'exercice consiste à rédiger un texte débutant et se terminant respectivement par la première et la dernière phrases d'un même roman.

Pour cette deuxième séquence, les plumes ont choisi Du côté de chez Swann de Marcel Proust avec pour incipit (au combien célèbre) "Longtemps je me suis couché de bonne heure" et pour excipit "Et les maisons, les routes, les avenues, sont fugitives hélas, comme les années".

Impatients de découvrir les textes de nos lecteurs.

A vos plumes (siplume@free.fr) !
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La vie derrière soi

« Longtemps je me suis couché de bonne heure ». Depuis toujours il m’apparaissait que le salut ne pouvait se trouver qu’au creux d’un lit douillet, à l’abri des menaces germées dans mon imagination.

Alors, dès le soir, sous la couverture vivement rabattue sur la tête, je fermais les yeux, attendant anxieusement que les angoisses ancestrales qui me tenaillaient en permanence le jour,  cèdent enfin tandis que je précipitais ma fuite dans un sommeil libérateur.

Ah ! comme je languissais du rassurant giron maternel qui sentait bon la lessive. Après tant d’années, l’odeur familière remontait dans mes souvenirs en même temps que s’emparait de tout mon être une immense détresse.

Le temps passait, l’âge avait fini par me courber et,  lorsqu’un soir je pris soudain conscience de mon suicide programmé en cette mort lente, dans un sursaut inattendu, je voulus renaître à la vie,  écouter la vie, la goûter, la célébrer, vite… Je franchis le seuil de la porte, regardant surpris autour de moi et la triste réalité m’apparut cruellement. Trop tard, me dis-je, « les maisons, les routes, les avenues sont fugitives, hélas, comme les années ».

Hélène.

Nocturne

« Longtemps je me suis couché de bon heure »… ce qui me fut toujours difficile car les heures nocturnes sont mes préférées. Ma ville retrouve le silence des jardins endormis où toutes sortes de créatures vivantes et ignorées par le jour se faufilent furtivement ou s’envolent dans un léger bruissement d’ailes à peine perceptible…

Les heures de sommeil précoce sont bien davantage profitables, soutient ma mère lorsqu’elle éteint ma veilleuse tandis que je joue à merveille le rôle de l’enfant qui s’endort. Mais à peine la porte refermée sur ce simulacre, je repousse les draps et, marchant avec précaution, j’ouvre en grand ma fenêtre entrebâillée - pour laisser passer le bon air nocturne - autre préconisation maternelle, et je me laisse glisser sur les buissons en contre-bas de ma chambre au rez-de-jardin de la maison.

Toutes les plantes fatiguées par les ardeurs du soleil exhalent maintenant leur parfum avec allégresse. Dans les feuilles tapissant déjà l’herbe sous les grands arbres je débusque quelque hérisson débonnaire que mon approche respectueuse ne saurait inquiéter. Quelques lucanes noires vrombissent sous les frondaisons obscures tandis qu’un couple de chauves-souris volette en se croisant…

Plaisir nocturne de l’enfance… Ma mère n’est plus et j’ai changé plusieurs fois de maison ; notre jardin n’est plus qu’un souvenir, « les maisons, les routes, les avenues sont fugitives, hélas, comme les années ».

Annie.

Aventures
 
« Longtemps je me suis couché de bonne heure ». J'étais jeune alors. J'avais besoin de récupérer mes forces après une longue journée de travail. Mon employeur me faisait dessiner encore et encore des bâtiments et des ouvrages d'art, à la recherche d'idées neuves.
 
Il rêvait de villes nouvelles, de ponts élancés jetés entre deux rives au-dessus de ravins profonds ou de rivières tumultueuses. Lorsque j'arrivais le matin, il me donnait ses directives, me parlait de ses projets de grandeur. Il m'associait à son travail (c'est à dire le mien !) et voulait partager sa gloire future de bâtisseur génial.

En fait, il passait ses journées à parler et pérorer toujours de ses ambitions, et m'empêchait de lever la tête de mon ouvrage.

Mais, moi, je rêvais d'autre chose, de franchir ses routes, ses ponts, de visiter ses tours, mais surtout pas de les construire Je laissais cela à d'autres .

Un matin je ne vins plus au cabinet et laissais crayons, règles et plans en vacances. Avec mes économies je partis droit devant moi, à l'aventure, afin de mieux voir si le ciel était pareil ailleurs.

Et j'ai vu le monde, raconté mes découvertes de tous ces pays si différents et si beaux. Les hommes ne sont pas tous humains, souvent victimes ou bourreaux, « et les maisons, les routes, les avenues sont fugitives, hélas comme les années » .
 
Monique.
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Autrefois

« Longtemps je me suis couchée de bonne heure ». A l’époque, en cette jeunesse sinon insouciante, du moins innocente, le temps s’écoulait lentement ; trop lentement à mon gré, si impatiente que j’étais d’être grande, autonome, heureuse et libre.

Ma mère dictait la discipline familiale à laquelle personne ne dérogeait, en matière d’horaires comme pour le reste. Elle se savait assurée du soutien du père quant à l’autorité sur les enfants ; pas question de s’y soustraire. Et puis de toute façon, il n’y avait pas encore la télévision dans les maisons modestes de la banlieue parisienne.

Les veillées ancestrales près des cheminées avaient disparu les unes comme les autres ; après-guerre en ville, ne restait le soir que la vacuité associée à la fatigue d’une journée occupée aux lessives à la main, aux courses, à la cuisine, au ménage et à l’éducation des enfants.

Le père travaillait le bois à l’atelier ; sa grand-mère âgée hébergeait la famille, contribuant comme elle le pouvait aux ressources par le jardinage et l’élevage de quelques lapins nourris aux pissenlits.

Ainsi tout le monde se couchait de bonne heure.

Le progrès des années cinquante et soixante a développé le confort ménager et les transports. La traction et la deux chevaux ont permis aux familles de voyager, de partir en vacances et de génération en génération le temps s’est accéléré.

A présent, « les maisons, les routes, les avenues sont fugitives, hélas, comme les années ».

Danielle. 

Errances

Longtemps je me suis couchée de bonne heure pressée de retrouver ma vie onirique en délaissant la réalité qui chaque jour apportait son lot de désillusions, de coups durs. Je me lovais sous la couette chaude, les jambes repliées, ravie d'étreindre mes rêves, de voyager dans le ciel en volant, de parcourir des paysages insolites, d'errer à travers des villes fantasmagoriques.

Je me réveillais à l'orée du jour, les pâles rayons solaires venant retirer mes rêves, avec une boule d'angoisse dans la poitrine, me demandant comment je pouvais vivre cette nouvelle journée. L'inquiétude me rongeait. Péniblement je m'extirpais du lit, avalais une tasse de lait dans laquelle je trempais un biscuit et me dirigeais vers la salle d'eau pour mes ablutions quotidiennes.

Puis la journée tournait, comme une toupie, me donnant des maux de tête que rien ne calmait vraiment.

A la fin de mon travail, j'arpentais les rues de ma ville, observant les façades des maisons, enviant les odeurs de cuisine qui s'en dégageaient parfois. Je marchais longuement sur les routes et les avenues à la recherche peut-être d'un regard qui se poserait avec sollicitude et ferait s'envoler ma solitude.

Je suis là maintenant, une vieille femme tremblante, mes rêves ont déserté ma vie nocturne  « et les maisons, les routes, les avenues sont fugitives, hélas, comme les années »

 Isabelle.

Publié dans A vous de jouer

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