Contes de Noël
Nous vous proposons
quelques contes de Noël
dont les héros
tirés au hasard
sont des êtres minuscules...
Découvrez la coccinelle qui sent mauvais,
le moustique insolent,
la petite mouche curieuse,
le gentil microbe,
le cafard joyeux,
l’araignée timide
et le puceron poète.
(Illustration par Annie).
Moustique-Insolent
Je vais vous raconter l’histoire de Moustique-Insolent. Drôle de nom pour un moustique me direz-vous. Mais, écoutez et vous comprendrez.
Moustique-Insolent n’était pas méchant mais il avait la fâcheuse habitude, dès la nuit tombée, de saisir la moindre occasion pour s’introduire dans la chambre d’un dormeur sans y être invité. Le grand-père de Moustique-Insolent, qui était jadis Colonel dans l’Armée des Moustiquards, lui avait appris tous les rudiments nécessaires dans l’art d’attaquer les humains pendant leur sommeil :
1) se mettre en position d’attente tout près de la fenêtre éclairée pour identifier la proie
2) attendre patiemment que celle-ci s’endorme et que son ronflement donne le signal de l’attaque
3) survoler silencieusement l’objectif et repérer l’endroit le plus favorable pour atterrir.
Moustique-Insolent avait bien suivi les leçons et il pouvait désormais s’adonner à son exercice préféré qui consistait à pomper son délicieux nectar sans se gêner mais en veillant bien, toutefois, à esquiver adroitement la main qui aurait pu le dégager de sa position stratégique.
Cette année-là, l’été était particulièrement chaud et Moustique-Insolent, tout heureux, multipliait effrontément ses incursions dans toutes les maisons du quartier. Lorsqu’une nuit, alors qu’il s’apprêtait à pénétrer sournoisement dans la chambre d’un petit dormeur, il fût surpris par une étrange odeur qui lui piqua fortement le nez. Mais comme sa gourmandise n’avait aucune limite, il insista et entra par la fenêtre grande ouverte. Aussitôt, un léger étourdissement l’empêcha de voler droit ; il était comme ivre
- Aurais-je un peu trop bu la veille ? se dit-il.
Il essaya maladroitement de corriger son atterrissage mais tout à coup, perdant complètement l’équilibre et dans un tzziiiii lamentable, il alla s’écraser sur l’oreiller du petit dormeur qui continua à rêver tranquillement en souriant.
Hélas, le grand-père, Colonel dans l’Armée des Moustiquards, qui était né longtemps avant son petit-fils, n’avait jamais entendu parler des nouveaux boucliers des humains.
Ainsi prit fin l’existence du pauvre Moustique-Insolent qui ne put jamais se marier et avoir de nombreux moustiques-enfants.
Hélène.
Une histoire de coccinelle
C'est Noël et pour l'enfant c'est merveilleux. Ses parents sont partis réveillonner, mais reviendront chargés des cadeaux que le Père Noël a préparés. Le baby-sitter est sympathique, et très content de le garder car la nuit de fête est payée double.
En fin de soirée, après avoir dîné d'une soupe et d'un yaourt, le petit se pelotonne dans le canapé en suçant son pouce avec application.
La petite mouche
Le bébé s’est endormi, les parents sont partis pour le Réveillon, je me sens inutile et désœuvrée. Ils vont sûrement rentrer tard… Toute cette nuit de Noël, c’est bien long!
Je tourne dans l’appartement comme la panthère du Jardin des Plantes dans sa cage. J’avise alors la bibliothèque : Tiens, des contes de Noël ! « Contes de Noël pour des animaux minuscules », drôle de titre ! J’ouvre le livre à couverture rouge et lettres d’or, et le hasard me choisit « Histoire d’une petite mouche curieuse ». Je m’installe dans le confort d’un fauteuil moelleux…
C’était un soir de Noël ; il ne faisait pas bien froid cet hiver-là, et même plutôt doux encore, climat favorable aux petites bêtes familières de nos maisons.
La petite Mouche s’ennuyait. On avait fermé la porte de la cuisine, il n’y avait donc rien à manger d’intéressant. Les autres mouches s’étaient montrées tout à fait désagréables avec elle : Arrête de voler comme ça en rond. Pose-toi et tais-toi.
Mais la petite Mouche avait un caractère obstiné ; rien d’autre ne l’intéressait plus que cette porte fermée et la cuisine qui, en ce soir de Noël, devait recéler tant de merveilles délicieuses - la petite Mouche adorait le sucre ! - Il fallait trouver un moyen de pénétrer dans cette cuisine !
Poursuivant son vol de repérage, elle aperçut le chat de la maison profondément endormi dans son panier. Une superbe attaque en piqué, droit sur le museau du félin qui sursaute en miaulant, toutes griffes dehors sans même effleurer la mouche qui renouvelle une deuxième offensive assortie d’un frémissement en basse continue particulièrement pénible à l’oreille sensible du chat, et le tour est joué !
Que peut bien désirer un chat éveillé et de mauvaise humeur ? Un petit tour à sa gamelle, histoire de se calmer. Mais la gamelle remplie de délicieuses croquettes se trouve dans la cuisine dont la porte est toujours fermée. Il faut alors poursuivre le chat, l’agacer en se posant sur son museau, sur ses oreilles, avec obstination, à rendre fou ce chat, le conduisant vers la porte de la cuisine derrière laquelle l’animal n’y tenant plus se met à miauler avec insistance.
Alors la porte s’ouvre, la Mouche devance le chat et, sans hésitation, découvre la merveille des merveilles : La Bûche de Noël, son sapin en sucre et la somptueuse crème au beurre frais. Afin de choisir au mieux ce qu’elle va déguster, la petite Mouche curieuse s’est perchée sur le petit nain en plastique et fait choix du champignon blanc en meringue. Joyeux Noël !
Annie.
La petite araignée timide
Mes chers enfants, venez près de moi, encore plus près. Je vais vous raconter une histoire.
Il y a bien longtemps, dans une forêt magique, vivait une petite araignée sur un rosier enchanté. Elle avait tissé une toile magnifique entre deux feuilles de l'arbuste, toile qui se couvrait, en ces temps hivernaux, de perles de givre.
Notre minuscule araignée avait un caractère très timide et n'osait pas inviter ses voisines à venir prendre le thé. Elle était pourtant fort habile à confectionner de délicieuses madeleines citronnées ou de grosses meringues parfumées. Mais ses qualités de pâtissière ne suffisaient pas à la rassurer sur sa capacité à tenir une conversation. Elle n'osait pas prendre la parole devant un groupe d'araignées, trouvant toujours les propos de ses congénères plus intéressants que les siens. Et surtout, elle se mettait à rougir comme les belles tomates de potager et ressentait une petite sueur couler le long de sa tête. Ses huit pattes tremblaient légèrement. En résumé, elle perdait tous ses moyens.
Ce soir là, on fêtait Noël. La forêt magique brillait de mille feux. Tous les insectes du pays avaient décoré les arbres dénudés de boules multicolores et de guirlandes. La petite araignée avait tissé pour l'occasion une nouvelle toile agrémentée de perles nacrées du plus bel effet.
Quand les lutins de Noël arrivèrent, ils s'arrêtèrent devant son ouvrage et la remercièrent vivement de sa contribution. Ils lui promirent de réaliser un vœu en récompense.
Notre petite araignée, d'une voix minuscule, demanda simplement : « je voudrais bien avoir de gentilles amies ». Les lutins, dans un tourbillon magique, firent venir des compagnes à notre petite araignée qui se trouva vite entourée par une dizaine de comparses. Toutes étaient adorables avec elle et lui témoignaient de l'affection.
A partir de ce soir là, notre amie quitta sa vie un peu solitaire et vécue heureuse avec ses copines sur une toile géante qui étincelait sous les rayons dorés du soleil.
Isabelle.
Le cafard joyeux
Dans la grande pièce surchauffée, la mamie berçait l'enfant. Il venait d'être opéré des oreilles et ses parents étaient partis à la grande fête de famille traditionnelle de Noël. Ils lui avaient promis de lui donner un cadeau au retour s'il était sage. Aussi l'enfant ne voulait-il pas dormir et la grand mère était bien ennuyée. Qu'allait-elle bien pouvoir faire pour l'occuper ? Le médecin avait interdit toute activité. De sa voix douce , elle lui chantait des comptines mais il se trouvait trop grand pour ça et lui demanda de raconter un conte. La grand-mère bien ennuyée n'avait pas d'idées. Ce à quoi il répondit : "Tu n'as qu'à dire : Il était une fois !"
Une puce qui saute sur un chat, un chat qui court après un rat, une coccinelle qui se promène, un puceron dans mon giron, une fourmi riquiqui, un microbe dans le globe, une araignée frileuse dans sa toile, un moustique qui s'y colle et un cafard qui rigole. Il trouve drôle les grimaces horribles de celui qui va se faire dévorer. Le cafard noir puant et baveux est tout content, il va enfin pouvoir faire la fête, les copains sont partout. Dans le coin de la cheminée il se roule dans la suie. Son costume est chic pour le réveillon, il se doit d'être le plus beau pour honorer le festin de miettes qui se prépare sous la table. Mais les bestioles arrivées en premier ne veulent pas en entendre parler. A nous le gâteau ! dit le puceron en suçant ses moignons. "Tu n'auras rien !" dit l'araignée en tissant à toute vitesse un voile autour des sucreries. Les fourmis se montent dessus pour une croûte de pain. Les coccinelles attirées par le rouge des bougies s'y brûlent les ailes dans un crépitement mélodieux. Le ballet des étincelles fait vibrer de bonheur notre cafard qui prend les imprécations des insectes pour un Hymne à sa gloire. "Cafard, cafard tout noir que tu es, tu nous portes malheur !" Et le cafard d'applaudir, le concert est vraiment parfait.
"Je suis content, je suis heureux d'être avec vous ce soir mes amis !" Mais tous restaient loin de lui, un être vulgaire qui se traîne par terre voilà ce qu'il était ! Il n'y avait guère que le microbe que personne ne pouvait voir qui restait collé à lui. Viens lui dit-il, on va faire la fête à la grand-mère, moi je la pique et toi tu l'empoisonnes. Aussitôt dit, aussitôt fait ! Plus de grand-mère, ce qu'on s'amuse quand même dit le cafard, c'est Noël !
Heureusement le petit s'était endormi avant la fin, la grand-mère se dit que demain elle changerait la fin de l'histoire : le cafard baveux et gluant grâce à son baiser se transformera en prince charmant.
A son réveil, l'enfant trouva une boite dans laquelle tout un monde d'insectes mécaniques n'attendaient que d'être remontés pour s'éveiller : le moustique, l'araignée, la coccinelle, la fourmi, le puceron, le microbe et le cafard joyeux crissèrent de concert.
Joëlle.
Le gentil microbe
A une époque très éloignée de la nôtre prospérait un village blotti au cœur d'une vallée que traversait un cours tranquille. Sur ses deux rives, reliées par un modeste pont de bois, prospérait une communauté d'insectes paisibles.
Les rivalités d'hier avaient laissé la place à la paix et l'harmonie si bien que se côtoyaient les coccinelles et les pucerons, les araignées et les moustiques, pourtant ennemis autrefois. Même les cafards jouissaient désormais d'une bonne réputation, malgré leur tristesse passée. Quant aux microbes, leur présence quasi-invisible ne les empêchait pas d'être tolérés et même appréciés depuis qu'ils jetaient leu dévolu sur les maladies plutôt que sur leurs voisins.
La vallée avait revêtu son manteau blanc, la rivière arborait son miroir de glace depuis que l'hiver avait révélé ses dents acérées. Dans les ruelles et les habitations régnait à présent cette atmosphère unique de Noël: à l'approche du réveillon, le regard des plus jeunes tourné vers le ciel ou vers la cheminée, brillait d'un feu étrange.
Dans la minuscule maison de la famille Microbe, un enfant avait été confié à la garde et aux soins d'une baby-sitter papillon. Ces parents avaient fait appel à cette jeune fille expérimentée, prétextant que le Père Noël ne pouvait livrer ses cadeaux en présente des géniteurs.
La demoiselle papillon, douce et attentive, eut tôt fait de rassurer le petit être. Elle joua de ses ailes diaphanes et colorées, tantôt pour l'émerveiller, tantôt pour le bercer d'un souffle d'air. Le jeune microbe, fatigué d'écarquiller les yeux devant ce spectacle inédit, s'endormit rapidement, dans un sommeil profond peuplé de papillons et de cadeaux, les insectes ailés virevoltant autour du Père Noël et de son traîneau.
A leur retour, les parents trouvèrent leur fils endormi, remercièrent la baby-sitter et déposèrent au pied du bonsaï les cadeaux qu'ils avaient dissimulés. Le lendemain matin, l'enfant courut dès son réveil vers le salon et déballa en hâte les nombreux présents, sous le regard attendri de ses parents.
Un camion de pompier télécommandé. Une trottinette. Un conte qui fait peur avec le méchant Monsieur Pasteur.
- Tu es content des cadeaux que le Père Noël t'a apportés ? s'enquit la mère.
- Oui, répondit le garçon, sans conviction ni enthousiasme.
- Tu aurais préféré autre chose ? interrogea le père.
- Oui, avoua aussitôt le gentil microbe. Un filet à papillons.
- Un filet à papillons ? Pour quoi faire ? demandèrent en chœur les parents.
- Pour garder la beauté et la magie à mes côtés.
Sylvain.
Le puceron poète
Il était une fois un puceron … - As-tu remarqué que les contes commencent comme cela ? – un puceron dans la force de l’âge, mais innocent et un peu distrait. Tout rêveur qu’il était, il ne manquait cependant pas de courage. Plusieurs fois, il avait secouru l’un ou l’autre de ses amis en danger. Le papillon aux ailes mouillées par exemple, qu’il avait guidé jusque vers un abri, lui vouait une grande reconnaissance ; de même que la frêle libellule poursuivie par le filet d’un vilain garnement. Et quand il fallait prendre la parole pour défendre un plus faible, il n’hésitait pas à se risquer.
Le long de la rivière près de laquelle il vivait, le bruit courait depuis quelques jours qu’un terrible évènement menaçait ; certains parlaient même de fin du monde. Mais lui, confiant, n’y avait pas prêté attention, tout occupé qu’il était à écrire des poèmes pour ses amis. En plus, il avait rencontré récemment une jolie sauterelle verte, dont le souvenir charmant occupait ses pensées (mais ceci est une autre histoire !).
La rumeur du cataclysme avait tellement grandi que le chef de la tribu, le sage castor, avait préparé l’évacuation de toutes les espèces volontaires sur une sorte d’arche de Noé.
La petite sauterelle, qui elle aussi avait gardé le souvenir du tendre puceron, se désespérait de ne pas le voir à bord, alors que l’embarquement se terminerait bientôt. Le papillon et la libellule aussi s’inquiétaient pour lui. Tous deux décidèrent de repartir ensemble à sa recherche afin qu’il soit sauvé. Chacun suivit une rive du cours d’eau sans perdre de temps, l’appelant à tue-tête. Puceron, où es-tu ? Viens vite, il faut partir tout de suite !
C’est le papillon qui devina où il pouvait être : au milieu d’un champ fleuri, sur une haute tige sucrée. Dans un souffle, il expliqua l’affaire à son ami qui accepta de le suivre sans plus tarder. Allaient-ils arriver à temps ? La libellule, bredouille, était revenue à bord entre temps et demanda au castor s’il pouvait attendre encore un peu un rescapé. Celui-ci accepta de retarder l’expédition de quelques minutes qui parurent interminables à la libellule inquiète et à la sauterelle secrètement amoureuse.
Le ciel s’assombrissait déjà au dessus de leurs têtes tandis qu’un vent glacial se levait. Chaque famille animale s’efforçait de garder son calme, mais la peur se lisait maintenant sur les visages.
C’est juste au moment où le castor aidé du ragondin remontaient enfin la passerelle d’embarcadère que le puceron précédé du papillon purent monter à bord ! Ouf !!
Les autres, heureux de les revoir, leur dégagèrent une place. Seul le frelon grincheux fit les gros yeux au puceron ; mais celui-ci s’en soucia à peine, car il venait de croiser le regard bienveillant de la petite sauterelle, réjouie de le retrouver pour partager de nouvelles aventures…
Au loin, l’horizon commençait à s’éclaircir devant les yeux émus du puceron aussi inspiré qu’attendri.
Danielle.