Semi-marathon des mots - Première édition
L'atelier SIPLUME a organisé sa première édition du semi-marathon des mots.
Le principe consiste à recueillir sans concertation 21 termes différents, soit autant que de kilomètres dans une épreuve de semi-marathon, avant de tous les inscrire au sein d'un récit.
A partir des mots présents sur la silhouette, adressez-nous vos textes afin que nous les publiions sur cette même page (cliquez sur Contact) ou découvrez les nôtres rédigés en séance.
La fuite
Désorienté, il tourna à gauche sur le Chemin du Bonobo. Manger des graines de tournesol et regarder l'horizon, se répéta-t-il. C'est ainsi qu'il combattait les nausées, comme s'il attendait la venue de la cigogne.
Il jeta encore un œil sur le message reçu lorsqu'il avait fait cet échange de maison. Il avait vraiment besoin de se divertir.
Il sentit l'éloignement dès qu'il vit les rayons du soleil former un patchwork sur le lac et répandre ses tentacules dans le ciel.
Il poussa la porte déverrouillée. On avait pensé à lui écrire un mot et lui laisser une bougie.
C'est à la lueur de celle-ci qu'il aperçut les ventouses de la rainette.
Claudine, que nous remercions pour son texte adressé depuis le Canada.
Comme a vacillé mon âme
A trop regarder le soleil, à trop manger le ciel, mon œil perdit l'horizon et mon esprit le chemin. Aucun mot ne put décrire mon état d'abandon. J'étais comme happé au fond d'un lac par une pieuvre invisible, retenu par ses tentacules et ses ventouses. comme victime d'un éloignement, d'un échange, d'une mutation vers un patchwork animal et végétal, métamorphosé en bonobo, en cigogne ou en tournesol.
Extirpé de ce cauchemar, je peux désormais m'en divertir, vous écrire ce message à la lueur de la bougie qui vacille comme a vacillé mon âme.
Sylvain.
Le SMS
Sous le soleil qui lui fait pleurer les yeux, au bord du lac, il s’est installé pour lui écrire un message.
Il regarde l’horizon, cherchant ses mots, enchanté par quelques tournesols épanouis, complices. Sous le ciel clément, il a préféré, avant de manger, céder à l’irrésistible envie de rompre un instant l’éloignement qui lui pèse.
De toute façon, il n’a pas spécialement d’appétit pour la salade de poulpe, ces tentacules couverts de ventouses, prévue au menu de la maison d’hôtes.
Non, il veut prendre tout son temps pour la divertir par un de ces échanges en patchwork amoureux dont il a le secret.
Un texto fera aussi bien l’affaire qu’une cigogne pour la rejoindre et allumer une nouvelle bougie sur leur chemin.
Il s’impatiente de la retrouver dans leur nid d’amour, pas comme un bonobo, mais avec un mélange de délicatesse, de respect et de fougue mêlés, qui les laissera éperdument étourdis.
Danielle.
Délire
Monique.
La cigogne
La grand mère avait cousu un plaid en patchwork pour que l'enfant déjà grand n'attrape pas froid en chemin. Mais la cigogne l'avait emmené dans le ciel pour garnir son nid et mettre ses œufs bien au chaud sous le soleil. De sa hauteur elle regardait d'un œil incrédule cette famille humaine stupidement en train d'attendre qu'elle leur ramène un rejeton qu'elle avait en fait malencontreusement laissé tomber dans le lac. D'où la présence du bonobo en remplacement, charmant au demeurant mais qui n'avait pas supporté l'éloignement ni le changement de milieu naturel et s'était couvert de ventouses et de tentacules.
On comprend le dégoût des parents. Le primate aurait dû faire comme les tournesols qui, une fois devenus grands, baissent la tête vers le sol et se font oublier. En plus de surveiller les humains dont les instincts de tueurs ne sont plus à prouver, il lui fallait écrire un rapport pour justifier la substitution des bébés.
Encore des mots qui allaient se perdre à l'horizon de l'administration.
Joëlle.