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Le jeu consiste pour chaque plume
à imaginer un court récit inspiré par une phrase extraite à la page 56 d'un texte littéraire. Dans des genres et styles très différents, Henri Troyat, Gabriel Garcia Marquez et Olivier Adam et Dan Brown figurent parmi les auteurs de cette séance.
Que vous inspirent les phrases ci-dessous ?
Bas-fonds
(d'après la phrase « Autour de lui, tout n'était que laideur, mensonge et grossièreté » extraite de la biographie de Gorki par Henri Troyat).
Il regardait avec effroi tous ces hommes vêtus pauvrement qui sentaient le vieux vin et le ranci. Leurs cris gras lui écorchaient les oreilles. Ils se vautraient, le ventre rebondi, gonflé par l'alcool, et s'entassaient à la sortie des lieux publics.
Lui rêvait de châteaux blancs, d'anges purs, de silhouettes délicates, de mets raffinés.
Il était rentré dans une forêt de désolation. Comment allait-il survivre ?
D'un pas hésitant, il avançait en contournant les corps meurtris, ceux qui d'humains n'avaient plus que le nom. La main serrée dans la poche de son long manteau, prêt à frapper celui qui ferait mine de s'approcher, il se frayait un chemin au milieu de ces monticules nauséabonds. Son cœur se soulevait en respirant l'odeur âcre de la transpiration et les remugles d'urine.
Comment avait-il pu en arriver là ? Qu'allait-il devenir ?
Une angoisse sourde montait en lui, s'accrochant à sa poitrine. Rien ne le calmait. Il sentit des gouttes de sueurs perler sur son front. Ses mains se crispèrent encore. Sa gorge se noua. Sa démarche devenait saccadée et son esprit était entièrement possédé par ces visions cauchemardesques.
Le ciel, pour parfaire la lourde ambiance, s'assombrit subitement et il failli s'évanouir de peur et de dégoût.
Isabelle.
Dernier sommeil
(d'après la phrase « Il se sentit brusquement beaucoup plus vieux et plus seul que jamais » extraite de la nouvelle Mort constante au-delà de l'amour de Gabriel García Márquez, notamment disponible au sein du recueil L'incroyable et triste histoire de la candide Erendira et de sa grand-mère diabolique.

Il se sentit brusquement beaucoup plus vieux et plus seul que jamais quand il eut refermé la porte de la maison dont il serait désormais l’unique occupant.
Les miroirs du couloir étaient encore voilés, comme le voulait la tradition durant les jours de deuil. Il n’alluma pas la lumière malgré le déclin du jour qui avalait l’espace dans sa noire obscurité. Il se laissa choir dans son vieux fauteuil de cuir, et resta là sans bouger, accueillant le lourd sommeil qui s’abattit sur lui sans qu’il lui opposât la moindre résistance…
Comme elle était belle, cette femme qui ouvrit soudain les lourds rideaux de velours rouge. Elle semblait planer dans ce grand salon qui rayonnait de lumière. Les meubles de chêne sombre étincelaient, luisant de cire brossée, la porcelaine fine et transparente et l’argenterie, toute cette richesse du décor apparaissait dans son raffinement. Et cette belle inconnue à la longue chevelure d’ébène dégageait un doux parfum enivrant. Ses longs doigts fins caressaient le front de l’homme endormi…
Extase douce qui n’aurait pas de fin…
Au matin la servante trouva son maître endormi dans son grand fauteuil de cuir, un sourire éclairait son visage aux yeux clos. Il n’était plus.
Annie.
Tout ou rien
(d'après la phrase « Au centre une fontaine crépitait mollement et même l'eau avait l'air fausse » extraite du roman A l'abri de rien d'Olivier Adam).
A l'abri de rien, elle avançait sur son chemin, fouettée par l'air marin. Ses chaussures à la main elle descendit de la dune en écoutant chuinter le sable sous ses talons. Elle se laissait glisser sur un pied puis sur l'autre jusqu'à ce qu'il s'enfonce. A la fin de la pente, laborieusement elle entama alors sa progression vers la mer. Dans les bancs de sable sec, le vent soulevait de petits tourbillons cinglants d'épines assaillant ses mollets. Les pieds enfouis sous le sable jouissaient de sa douce chaleur alors que le froid des embruns pinçait son nez et ses joues, lui coupant le souffle.
En arrivant sur le sable humide, dur, le chant du vent se mêla à celui du ressac pour lui faire tourner la tête. Elle était ivre, ivre de l'air, ivre de l'eau, ciel et mer mélangés, elle était ivre de liberté. Elle se saoulait d'énergie iodée, retroussant son pantalon, elle courut se jeter dans l'écume. Le froid salé l'embrassa toute entière comme un fleuve d'amour.
Preuve de vie, elle n'était pas seule, elle se fondait dans la mer qui la caressait de sa langue glacée. Elle savait enfin qui elle était, loin de ces décors apprêtés des lieux de vacances où au centre une fontaine crépitait mollement et même l'eau avait l'air fausse.
Joëlle.
Envie de solitude vraiment ?
D'après la phrase « Une porte claqua à l’autre bout de l’appartement » extraite du roman « INFERNO» de Dan Brown.
Le silence s’installa et elle put regarder autour d’elle tranquillement. Enfin seule ! Depuis le temps qu’elle en rêvait, un peu de calme enfin !
Elle allait pouvoir faire ce qu’il lui plait : lire si elle en avait envie jusqu’à pas d’heure, rester en pyjama toute la journée, boire un café à 11 heures et déjeuner à 14. Qu’elle allait être bien. Elle jeta un coup d’œil par la fenêtre, pas de chance il pleuvait. Tant pis, elle resterait allongée dans le canapé à regarder ses séries préférées avec à portée de main la boîte de mouchoirs et personne ne lui ferait de remarques sur sa sensibilité à fleur de peau.
Elle alluma la télé. Rien ne l’intéressait. Pourtant d’habitude elle pestait parce que… parce que quoi d’ailleurs ? Elle soupira.
Ce silence lui prenait la tête. Elle saisit son portable au moment où la porte à nouveau claquait à l’autre bout de l’appartement. Quand il entra dans la pièce, elle lui sourit.
Minibulle (que nous remercions pour le texte qu'elle nous a adressé).