D'après un chant navajo
L'une de nos plumes improvise un texte à partir d'un extrait d'un chant navajo :
"On vient à bout de tous les nuages en suivant un chemin d’arc-en-ciel".
Le fils de Wang Fo (en hommage à Marguerite Yourcenar)
Le peintre Sun Yi cheminait depuis de longues années de province en province à la recherche de la Beauté. Il avait fui depuis sa jeunesse la puanteur lourde des villes chinoises et leurs ruelles sordides, égouts à ciel ouvert encombrés de miséreux ployant sous le joug de leur malheureuse existence.
Loin des villes, il avait contemplé les rizières à chaque saison ; à celle des eaux limpides reflétant les ciels bleus ou ennuagés, à la saison du printemps où les jeunes pousses offrent à la vue de larges surfaces vertes qui ondulent sous le vent. Il avait franchi de redoutables déserts où les couleurs se dissolvent sous les chaleurs de feu.
Parvenu à la maturité de son âge, Sun Yi découvrit les hautes montagnes auxquelles s’agrippent vaillamment quelques arbres tordus au milieu des roches saillantes. Il gravit ces montagnes et trouva un asile dans un rocher creux qui surmontait d’étroites vallées où s’écoulaient des fleuves vers la mer lointaine.
Et là, il demeura, pensif, songeant à toutes les peintures qu’il avait détruites car elles ne pouvaient atteindre à l’idéal de beauté qu’il portait en lui.
Après de longs mois de méditation silencieuse et des repas frugaux que lui accordait la nature, il sortit ses pinceaux de son havresac et se mit à l’ouvrage. « On vient à bout de tous les nuages en suivant le chemin d’arc-en-ciel."
Annie.