Les contes de la petite poule bleue / 2
La petite poule bleue
À peine sortie de son œuf un beau matin de mai, on ne sait pourquoi, sa mère, une grosse poule rousse, la rejeta d’un coup de bec, ce qui entraina aussitôt maints caquetages dans le poulailler. La grosse poule blanche regarda elle aussi avec mépris ce pâle poussin maigrelet. La poule noire fit de même, projetant sur la pauvre petite un nuage de poussière. Le coq se garda bien d’intervenir, il ne se mêlait jamais des agitations de son harem, se réjouissant d’ailleurs de ces querelles domestiques qui renforçaient son pouvoir.
La petite poule grandit néanmoins, picorant par ci par là les quelques graines que lui laissaient les mégères emplumées. Elle restait pourtant bien chétive et triste, n’osant traverser le centre de la basse-cour fréquenté par les autres volailles, par crainte des coups de becs hostiles ou des coups de pattes griffues. Elle longeait tout le jour les clôtures grillagées de l’enclos, petite poule fantôme. Elle attira pourtant l’attention de Jeanne, le petite fille des fermiers. Privée de mouvement par une étrange maladie la petite Jeanne ne se déplaçait qu’en fauteuil roulant et regardait avec envie ses frères et sœurs qui pouvaient courir et se chamailler en toute liberté dans les champs voisins. Pour passer le temps de l’ennui Jeanne brodait serviettes et mouchoirs, exécutait de magnifiques ouvrages d’une dentelle aussi fine et délicate que les toiles d’araignée. Attendrie par l’isolement et la tristesse de la petite poule, elle décida de lui confectionner une robe légère de dentelle bleue.
C’est ainsi que la petite poule triste devint la plus jolie poule de la ferme dont la couleur inhabituelle attira l’admiration du voisinage qui venait admirer le miracle accompli par Jeanne. La petite poule bleue vécut de longs jours heureux et Jeanne, quant à elle, fut remarquée un jour par un grand couturier parisien et devint une grande dame de la mode.
Annie.