Vagabondages
Je marche dans un champ de pimprenelles violacées et de boutons d’or. Le vert, le mauve et le doré éclairent mes yeux. Je me promène nu-pieds, mes sandales dans ma besace. La prairie s’éternise. Au milieu se dresse un chêne, chantant sous le doux vent de juin. Je m’arrête et me pose sous son ombre légère. Instant fragile. Je me perds dans l’étendue herbeuse et fleurie. De joie mon cœur se remplit. Au-dessus de ma tête une chenille passe son chemin, couleur émeraude. Dieu semble illuminer sa tranquille ascension.
La belle Lucine vient à ma rencontre dans un éclat de soleil. Je me couche dans l’herbe folle. Le bonheur extasié d’être là se démultiplie près de Lucine vive comme le vent, belle comme le champ de pimprenelles. Je suis nu maintenant, léger, aérien. Lucine est vêtue de sa robe préférée qui lui sied à ravir. L’avenir éteint mes paupières. Seuls restent l’instant présent, la caresse du vent et le regard de Dieu. La chenille est peut-être partie. Je l’ai oubliée, sa couleur émeraude reste accrochée comme un reflet d’extase ou de tranquillité. Je me dis qu’un enfant pourrait naitre aujourd’hui, que son sourire viendrait enjoliver l’univers comme une bulle de savon éclatée trop vite. Plus tard son rire cristallin bercerait encore mes illusions. Je croirais encore un peu à l’amour d’un père pour son fils – l’amour de l’enfant lui est évidence. Je m’endors peut-être, nu dans ce champ de pimprenelles et mes rêves sont d’étranges fleurs pourpres qui prennent vie autour de moi. Dieu me regarde, je ne le vois pas.
Isabelle.