D'art d'art
Les plumes improvisent un texte que leur inspirent les illustrations de tableaux ou sculptures tirés au sort.
Les plumes une nouvelle fois à pied d'œuvre, de Jean Auguste Ingres à Georges Grosz, d'Alberto Giacometti à Pierre Bonnard, de Vincent Van Gogh à Georges Seurat sans oublier Hans Holben le jeune ni Paul Véronèse.
"Nu dans le bain" par Pierre Bonnard
Le peintre a ses modèles préférés. En peignant cette femme au bain, cette femme qu’il aime et qui est la sienne, il caresse la chair rose et veloutée d’un pinceau délicat.
Elle, voluptueuse, s’abandonne dans l’eau limpide du bain telle une naïade alanguie qui semble sommeiller dans la fraîcheur de l’onde.
Le soleil inonde la scène d’éclats de lumière fragmentés comme des myriades d’étoiles.
La beauté du corps féminin abolit les frontières du jour et de la nuit.
À jamais éternelle, la beauté est offerte, don de l’artiste aux contemplatifs de tous les temps, aux visiteurs des musées attirés par la lumière vibrante et toujours vivante de l’Art.
Annie.
"Le bain turc"
par Jean Auguste Ingres
Douce complicité féminine. L’abandon dans la volupté, les bavardages, les rires et les chants autour du bain parfumé à la rose musquée, tandis que la théière posée sur un riche et soyeux tapis exhale la suave odeur de la menthe sucrée.
Les poses sont lascives ; étirements et torsions des corps aux chairs blanches et délicates qui s’offrent avec langueur et sans contrainte au jeu de la lumière seul témoin du ravissant tableau.
Hélène.
"Portrait de Walter Mehring" par George Grosz
Solitude? Ivresse? Méditation ? Monde intérieur où sombre l'esprit, monde noir souterrain qui englue ! Homme présent, homme passé, homme futur qui fuit son passé ?
Qui est cet inconnu, seul face à son destin ? Il est assis dans son fauteuil, le regard vide. Le silence s'est installé autour de lui. La cigarette au bout des doigts l'enveloppe de sa fumée, la solitude aussi. Il semble consumé de l'intérieur. Le nez étroit et anguleux surmonte une bouche fermée au pli désabusé. Il est pourtant jeune et malgré son costume trois pièces cravate, son tempérament éclate dans les cheveux noirs, drus et épais qui débordent des oreilles.
Force de vie ! Fantaisie d'artiste! Front d'intellectuel fidèle à ses idéaux. Le visage partagé entre ombre et lumière, il avance dans la vie avec assurance, celle des gens bien nés. Mais tout semble remis en question par les émotions. Il ne sait pas les gérer autrement que dans la passion, la pure, la dure, celle qui brûle tout : l'avenir, la santé, l'argent, la réputation ! Que lui reste-t-il de cet amour passé, de cet engagement total pour ses idées ? Un nuage de fumée et un corps ravagé, celui d'un homme encore jeune mais déjà vieux...
Joëlle.
"Nuit étoilée sur le Rhône" par Vincent Van Gogh
Nuit bleu marine
Ciel criblé d’étoiles
Les lumières de la ville
Se reflètent dans l’onde du fleuve
Comme un écho aux promesses du jour déchu
Un songe, Une espérance
Mon Amour
Nous inspirent l’union intime et subtile
De la terre et du ciel
A la surface du miroir tremblant
Sur le rives du temps
Que le rêve se prolonge
Que le feu brûle encore et toujours
Comme brille et brillera dans le soir
Le cortège étoilé
Tremblent les lueurs de la ville
Et vacille notre amour.
Sylvain.
"Caresse" par Alberto Giacometti
La main gauche caresse une surface douce et rebondie comme un sein ou une joue.
Elle caresse bien à plat, au plus près de son objet, si près qu’elle s’imprime sur lui, qu’elle se fond en lui.
Toute douce elle-même, doigts écartés comme pour étendre les sensations éprouvées, par celle qui caresse comme par celui qui la reçoit.
Sublime mouvement d’un cœur à travers une main ; un cœur aimant tout offert en ce geste à l’autre. Geste doux dans lequel les sensibilités s’accordent tendrement.
La caresse de la maman dont le petit a besoin pour se développer sur tous les plans.
Les caresses devenues indispensables aux amants au fil du temps.
Puis plus tard, la caresse de l’enfant au parent, peut-être, en un dernier instant touchant.
Danielle.
"Poseuse de face" par Georges Seurat
"Anne de Clèves" par Hans Holben le jeune
"Les Noces de Cana" par Paul Véronèse
La femme, nue, sort tranquille de la douche. Les mains croisées sur le ventre elle écoute. N'a-t-elle pas entendu un bruit bizarre venant de sa chambre ? Que faire ? Dans cette tenue c'est gênant.
Elle est vraiment belle, ses cheveux noirs rassemblés en un haut chignon, ses petite seins dressés fièrement, et ses longues jambes fuselées de danseuse. Allons, elle se décide.
Pieds nus elle se dirige vers la chambre et pousse doucement la porte, et tombe nez à nez sur une femme très chaudement habillée. Celle-ci a également les mains croisées sur le ventre. Sa coiffure est cachée par un drôle de chapeau et un voile tombant sur le front et les oreilles. Les vêtements fermés jusqu'au cou datent d'une autre époque. En cette période très chaude, Anne de Clèves doit bien souffrir, d'où son air renfrogné. Elle se dit " Mon Dieu, quelle époque, je me croyais vêtue légèrement, et voilà que dans trois siècles les femmes iront nues ! Ah! J'aimais mieux les tenues portées par ces mariés de l'an 30 et leurs invités. Certes, ils font la fête, mais ce n'est pas une orgie puisque Jésus est là qui transforme l'eau en vin, à moins que ce ne soit le contraire, le vin en eau. Le décor me plaît bien aussi, à l'air libre, avec un beau ciel bleu, c'est vraiment beau, à côté de cette chambre au style rococo."
La fille nue éternue, et tout disparaît, les Noces de Cana et Anne de Clèves.
" Ah j'ai dû attraper froid en posant pour Georges, et sa drogue me fait divaguer. Allons, dodo maintenant !".
Monique.







