A plus d'un titre

> Les plumes proposent de rédiger un texte en s'inspirant du titre de romans proposés
dans le cadre d'une première sélection pour les Merveilles de Folio >
- L’autre moitié du soleil de Chimamanda Ngozi Adichie.
- Novecento : pianiste d’Alessandro Baricco
- La mécanique des femmes de Louis Calaferte
- D’autres vies que la mienne d’Emmanuel Carrère
- Corps et âme de Frank Conroy
- Un amour pour rien de Jean d’Ormesson
- Le liseur de Bernhard Schlink
- La joueuse de go de Shan Sa
- Le Chœur des femmes de Martin Winckler
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Sans lui

Une nuit bleue étreint mes paupières. Je m'allonge sur le canapé en tissus à petites fleurs, dans le silence ouaté de ce début de soirée. Je rêvasse à d'autres vies que la mienne, des vies colorées où je plongerais corps et âme dans l'amour. Le mien a déserté ma maison. Il est parti sans se retourner, m'abandonnant à une solitude nouvelle, emportant avec lui l'autre moitié du soleil.
Je m'enivre chaque jour pour remplir mon existence de clarté, pour fuir l'ombre en demi teinte qui a pénétré mon cœur.

Je suis comme une fleur fragile, une pensée sauvage piétinée par un bambin innocent. Un rien m'écorche.
La bouteille, à mes pieds, est vide. Je n'ai plus le courage de sortir en acheter une autre. Je m'évade en rêve et me pose dans un jardin fleuri par un printemps léger. Je m'imagine marchant dans une herbe douce, accueillante, parsemée de mousse où je flotte entre les nuages comme un angelot joueur.

L'odeur particulière du ciel entre en moi et souffle comme une brise dans mes bronches.
J'aspire goulûment cet air, prête à affronter ma nouvelle vie.
Isabelle.
Voie de garage
Passionné d'automobile depuis mon enfance, je nourris pour les carrosseries et les moteurs un amour qui ne s'est jamais démenti. Je suis assez rapidement passé du collectionneur de majorettes aux modèles grandeur nature, ému par une courbe, troublé par un vrombissement.

Nul ne fut surpris dans mon entourage de me voir poursuivre des études de mécanique. Travailleur et inspiré, je pus dès mes 25 ans ouvrir mon premier garage : immense fierté, bonheur indescriptible que de voir alignés les véhicules confiés par mes clients. Deux roues et quatre roues bénéficient du même traitement de faveur : je leur parle, je les soigne, je les caresse.
Une plénitude routinière rythmait mon existence. Jusqu'à ce qu'elle débarque. Pas une voiture de collection mais une secrétaire que j'avais engagée pour m'assister dans les tâches administratives que je ne parvenais pas à accomplir, autant par manque de temps que par manque d'intérêt ou encore de compétence. Je voulais être garagiste, carrossier, réparateur, tôlier mais comptable en aucun cas.

Tout changea avec son arrivée. Après les voitures, elle fut mon second coup de foudre. Je découvris enfin un autre monde, d'autres courbes. Et surtout d'autres vies que la mienne. Encore plus complexe et mystérieuse, je découvris aussi la mécanique des femmes.
J'oubliais. Nous étions faits pour nous rencontrer. Elle se prénomme Mercedes. Je m'appelle Renaud.
Sylvain.
Petit Paul et ses questions

Petit Paul allongé dans l’herbe, les yeux levés vers le ciel regardait le soleil caché par les nuages.
« Elle était où l’autre moitié du soleil ? » pensait-il. Encore une question à laquelle Papa et Maman ne sauraient pas répondre. Lui, dirait : « Toi avec tes questions ! » et elle chuchoterait : « Quand tu seras grand, tu auras toutes les réponses à tes questions ».

« Tu parles » pensait Petit Paul, c’est dans longtemps quand je serai grand, et il va falloir que je m’y attelle « corps et âme ». Il aimait bien cette expression, sa Mamy l’employait souvent quand elle faisait ses confitures par exemple « Je m’y attelle corps et âme » disait-elle. Il avait bien cherché dans le dictionnaire ce que ça voulait dire mais atteler avec une charrette, sa Mamy n’avait rien d’un cheval qu’on attelle, bref, il avait laissé tomber.
Petit Paul laissait vagabonder ses pensées sur Mélo sa petite copine. Il lui avait offert de jolis petits cailloux qu’il avait trouvés, et quand il avait demandé à Papa « Tu crois que ça va lui faire plaisir à Mélo ? Tu en as déjà offerts à Maman ? »

La réponse ne l’avait pas aidé « Tu sais, la mécanique des femmes pour les cadeaux … ». Papa avec ses réponses, je te jure !

Enfin, Petit Paul était certain que pour Mélo ce n’était pas un amour pour rien, il l’aimait vraiment beaucoup Mélo même s’il ne comprenait pas tout à sa mécanique !
Isabelle Minibulle (que nous remercions pour ce nouveau texte).