Lune

(Texte inspiré par la citation d'Oscar Wilde tirée au sort.)
Lune
Au cœur de la nuit l'enfant lit sa vie dans le ciel, attaché qu'il était sur sa chaise pour ne pas qu'il bouge. Il n'a pas d'autre échappatoire.
Les étoiles qui clignotent sont ses préférées surtout celles qui se déplacent en laissant traîner leur bourdonnement. On lui dit que ce sont des avions mais lui préfère y voir des astres habités par d'autres êtres qui circulent dans l'éther pour venir en vacances dans des contrées exotiques et lointaines comme cette terre peuplées d'humains agressifs et violents. Mais ils sont tellement beaux et effrayants que les voyageurs de l'astral les regardent de leurs hublots comme des animaux au zoo.
L'enfant rêve à la lune qui lui sourit, son gros visage rond grêlé de boutons. Sûrement qu'elle a trop mangé de bonbons et attrapé de l'acné. C'est ce qui me pend au nez , moi , "le vilain petit canard qui n'écoute pas ses parents".
Plus l'enfant réfléchit plus il trouve que toutes ces interdictions ne tiennent pas la route. Que représentent-elles toutes face à l'infini de ce ciel de nuit tapissé par la voie lactée. Il se sent devenir fort grand et puissant car lui n'a pas peur de se perdre. Il a déjà perdu la partie face aux adultes mais il a gagné la liberté de rêver, de s'évader et de danser avec les étoiles.
La lune est à jamais son amie.
Joëlle.
Il faut toujours viser la lune

Jules, comme chaque soir après l’école, lunettes sur le nez regardait l’immeuble d’en face. Il réfléchissait. Comment faire pour qu’elle le remarque.
Elle, c’est Clémentine, la petite brune avec ses couettes qui volent dans tous les sens et qui lui met le cœur à l’envers.
- Tu veux que je t’aide ?
Jules sursauta. Il était seul dans sa chambre.
- C’est moi qui te parle.
- Qui ?
- Moi la lune, là dans le ciel, devant toi. Je suis pourtant pleine ce soir, tu n’arrêtes pas de me regarder !
- Heu non ! je regardais l’imm…
- Ta ta ta, c’est moi que tu regardais.
Jules gronda :
- Je te dis que non ! Je regarde la fenêtre de Clémentine.
- Pfft… de toute façon tu ne l’intéresses pas !
- Comment tu le sais d’abord ?
- Trop petit !
- Pas vrai ! regarde, je peux presque te toucher.
Debout sur le rebord, il levait les bras pour toucher la belle boule jaune, il vacillait.
- Attention Jules, tu vas tomber !
Une petite brunette affolée, faisait des grands gestes à la fenêtre d’en face.
Jules se rattrapa de justesse et maugréa :
- J’ai l’air malin !
- Il n’empêche qu’elle t’a repéré. Tu pourrais me remercier, et la prochaine fois que tu ne sais pas comment faire pense à viser la lune ….
Jules sourit, des étoiles plein les yeux. Clémentine ouvrait elle aussi sa fenêtre, elle était vraiment trop belle avec ses couettes….
Isabelle Minibulle (texte et choix d'image) - texte adressé via notre formulaire de contact