D'après "Intérieur - une rencontre avec le peintre Hammershoi" de Philippe Delerm

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Les plumes improvisent un texte à partir d'une phrase tirée au sort et extraite du livre "Intérieur - une rencontre avec le peintre Hammershoi" de Philippe Delerme paru aux éditions Elytis.

La phrase empruntée apparait en italique dans les textes qui suivent.

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Le vieil homme se demandait qui viendrait ce soir.

Il avait déjà préparé le repas. La joue de bœuf avait mijoté dans le bon vin agrémentée d’aromates au parfum discret. Les pommes de terre grenaille fondaient dans le beurre chaud parsemé d’éclats d’oignons et d’ail. Son dessert préféré patientait au frais, une tarte aux fruits rouges colorée. Le vin décantait dans la carafe. Sur la table chaque objet, chaque couvert prenaient place avec élégance.

A son âge, l’impatience n’était plus de mise mais une pointe d’anxiété lui serrait le coeur. Et s’ils ne venaient pas ? Il haussa les épaules se moquant de lui-même. Les cartes d’invitations avaient été envoyées largement en avance, en tenant compte des irrégularités postales. Il les avait choisi avec soin à la librairie de son quartier.
La première sonnerie retentit et sa fille apparut suivie de son gendre et de ses deux petits enfants. Son fils se présenta légèrement en retard, seul, comme à son habitude. Les retrouvailles furent joyeuses, le repas agréable et sonore, le vin grisant légèrement les têtes et déliant les langues.

Le vieil homme attendit le café pour annoncer sa décision.

« Mes enfants, je vous ai réuni ce soir pour vous apprendre que je pars la semaine prochaine en Belgique. Ce sera mon ultime voyage. J’ai décidé, comment vous dire… de me faire accompagner pour que cesse ma vie. Je suis atteint d’une maladie rare, incurable et dégénérative. Aussi je souhaite abréger mes souffrances. Merci d’être venus à ce dernier repas ensemble ».

Un silence de plomb accueilli ses paroles, suivi d’exclamations, de cris, de larmes. Le vieil homme leva les bras dans un geste imposant à nouveau le silence.

« Ne me pleurez pas mes enfants. Vous avez comblé ma vie. La famille, ma fierté ! Notre pilier à tous. Je vous ai laissé mes dernières volontés par testament. Soyez heureux et venez m’embrasser. »

Isabelle.

 

Septuagénaire.

Sa vocation pour le piano lui était venue après son départ à la retraite ; à la surprise de son entourage, elle s’était inscrite, toute débutante, à un cours particulier de jazz, avec solfège à la clé.

Elle y avait travaillé beaucoup pour atteindre un niveau qui la conduirait au plaisir de jouer et de participer aux modestes concerts de fin d’année, en dépit de sa vocation tardive.

Chaque jour elle travaillait les morceaux exigés par le professeur et sa persévérance avait été récompensée par l’admiration de son mari et de ses amies. Quand celles-ci venaient lui rendre visite, elles ne manquaient d’ailleurs pas de lui demander d’interpréter une partition dans le salon.

Elles insistaient aussi pour voir ses dernières toiles, car Monique multipliait les activités artistiques avec bonheur, depuis que l’âge lui interdisait le patinage artistique.
Elle fait moins de piano désormais – à cause de ses 75 ans passés penseriez-vous ? Ce serait mal la connaître. Elle vient de s’initier à la clarinette ! Au début de l’année, elle a même participé à un concert à Deauville, où elle habite.

Même si l’arthrose et parfois un peu de lassitude la gagnent, son exemple console de vieillir.

Danielle.

Solitude

Un peu de neige dans la parc. Les enfants sont rentrés chez eux. Les silhouettes sombres des arbres se dressent comme un peuple d’hommes unis et déterminés. Au sol la neige a durci et craque sous les pas. Quelques légers flocons, papillons diaphanes, dansent lentement et se posent en silence. Au confluent de deux allées apparait dans l’éclat d’un rayon de lune une femme immobile drapée dans un large manteau. Son visage de pierre est voilé. Tendre et pensive statue que je découvre peu à peu. Je ne l’avais jamais remarquée auparavant, pourtant chaque jour je m’en viens marcher dans ce parc.

« Dans la parc solitaire et glacé deux ombres ont passé », ce vers de Verlaine me revient soudain en mémoire… solitaire et glacé, reflet de ma vie, de la vie d’un vieil homme, l’homme que je suis devenu, une ombre peut-être car j’ai perdu la mémoire de ma vie d’autrefois.

Annie

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Publié dans a pied d'oeuvre

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