D'après "La Cène" d'Hubert Haddad

Les plumes improvisent un texte à partir des phrases « La jeune femme dormait, mains ouvertes et cheveux défaits. Sa beauté enfiévrée avait la fragilité de la neige. » extraites du livre "La Cène" d'Hubert Haddad, paru aux éditions Zulma.
Rêverie
La jeune femme dormait, mains ouvertes et cheveux défaits. Sa beauté enfiévrée avait la fragilité de la neige. Son total abandon reflétait la confiance absolue de l’enfance.
Arrivée en ce lieu où même dans ses rêveries éveillées elle venait de temps à autre se réfugier, elle s’était allongée pour se rassasier de l’odeur chaude du champ de blé et du charmant tableau des coquelicots laissant dépasser leurs délicates corolles animées par un vent léger.
Sa robe bleu pâle, déployée sous son jeune corps, creusait un lit accueillant sur le blond parterre à peine ployant sous le poids de la frêle silhouette.
Elle était restée là, longtemps immobile et abandonnée, les yeux mi-clos, goûtant la vie qui bourdonnait doucement autour d’elle, puis elle s’elle s’était paisiblement endormie.
Hélène
Soudain, dans un sursaut, Esméralda se réveilla en tremblant, le vilain rêve toujours présent. Se voyant seule elle se rassura. Haussant les épaules elle se dit qu'elle devrait moins manger le soir, surtout avant de se coucher, la digestion étant difficile !
Monique.
Promesses
La jeune femme dormait, mains ouvertes et cheveux défaits. Sa beauté enfiévrée avait la fragilité de la neige. Je l’observais en silence et admirait la courbe fine de son corps assoupi. Je tremblais un peu en me rappelant ce temps, qui me parut soudain lointain, où d’un seul sourire, je séduisais les belles de mon village.
Ma main s’approcha du visage clair, esquissant le dessin d’une caresse. Je me penchais, prêt à poser mes lèvres sur les siennes, quand elle se retourna dans son lourd sommeil vers le côté droit du canapé de velours m’empêchant de savourer ce baiser espéré. Un peu désappointé, je retournais m’asseoir dans le grand fauteuil en cuir hésitant sur la suite à donner à cette rencontre improbable entre une jeune femme et un vieillard à la tempe blanche et aux ardeurs enterrées.
Je regardais tristement ma montre. Le temps qui m’était accordé dans cette alcôve secrète d’un bordel clandestin était écoulé. La jeune endormie ne saurait jamais que mon passage près d’elle était comme le souffle perdu d’un oiseau mourant.
Elle se réveillerait, seule, le corsage légèrement ouvert.
Isabelle.
La belle endormie.
La jeune femme dormait mains ouvertes et cheveux défaits. Sa beauté enfiévrée avait la fragilité de la neige. Il avait pénétré dans la chambre sans faire le moindre bruit, dans la contemplation de la belle endormie. Il n’osait le moindre geste comme s’il avait à faire à quelque apparition qui s’évanouirait au plus simple mouvement.
Très lentement il sortit de sa poche un crayon et un carnet de croquis et se mit à dessiner les contours gracieux du corps étendu, les doigts déliés et si fragiles, les volutes des longs cheveux noirs, le fin visage aux yeux clos. Ce n’était qu’une esquisse qu’il ne pouvait achever, malgré lui.
Il s’approcha alors très lentement, pas à pas, dans une sorte de respect presque sacré. Il approcha alors sa main au plus près de la joue pâle, comme pour une bénédiction.
Sa main se posa sur le front, déplaçant une boucle sombre. La peau fine lui parut à ce contact moite et glacée. La jeune femme était morte.
Annie.
Le refuge
La jeune femme dormait, mains ouvertes et cheveux défaits. Sa beauté enfiévrée avait la fragilité de la neige. Elle dormait, du moins c’est ce qu’il lui avait semblé en pénétrant dans le gîte de moyenne montagne, où il s’arrêtait pour une courte étape de randonnée.
Dehors la neige fraîche avait commencé à tomber, tôt pour la saison et il n’avait remarqué aucune trace de pas.
Surpris, il s’approcha sans bruit de crainte de la réveiller ; un peu désemparé de trouver le lit occupé dans la seule grande pièce de ce refuge qu’il avait pourtant réservé. Les lèvres de la dormeuse maquillées de rouge contrastaient avec la pâleur du teint. Il ne savait pourquoi le tableau le subjuguait. Avançant encore un peu, il aperçut le bras nu, qui dépassait du drap en direction d’un verre dans la venelle. L’autre bras reposait, paume ouverte dans une sorte d’abandon.
Une beauté touchante émanait d’elle, avec ses cheveux bruns et longs. Pourquoi était-elle encore là ? Délicatement, il lui prit la main pour la réveiller enfin. Une main glacée ! Il recula dans un sursaut d’effroi.
La réponse empoisonnée lui sautait soudain aux yeux.
Danielle