D'après des photographies de Sebastião Salgado (albums Genesis et Exodes)

Publié le par Siplume

Destin

Est-il Adam issu de la glaise originelle auquel Dieu presque invisible tend la main pour le conduire vers la vie ? Adam, les yeux rivés au sol dans son effort de naissance, corps musculeux comme un bronze antique. Dieu, il ne le voit pas. Va-t-il saisir cette main ?


Est-il Sisyphe chargé d’un lourd rocher, condamné à gravir éternellement une montagne aride au sol glissant, sans prise possible pour accéder au sommet, et subissant à chaque montée une chute qui le précipitera inexorablement au pied de la montagne qu’il lui faudra gravir à nouveau ? Sans renoncer jamais, douloureux destin de l’être humain… Et ce Sisyphe verra-t-il un jour cette main secourable qui lui épargnerait la chute ? Ou bien saisira-t-il ce solide bâton fiché dans le sol qui lui permettrait de se hisser jusqu’au sommet de la montagne ?

Adam ou Sisyphe, métaphores du destin des êtres que nous sommes appelés à s’élever vers les sommets de nous-mêmes à la force du courage et de la persévérance.

Annie.

La Vitre brisée

L'enfant derrière la vitre laisse errer son regard sur les cellules de lumière qui s'entremêlent et se diffractent sous l'impact du choc. Des milliers de petites fissures se rejoignent dans un craquement morbide. Il neige des cristaux blancs. Il pleut des morceaux de verre à l'intérieur ou à l'extérieur. Trouble. Tout est mêlé ; par le trou noir de l'infini s'engouffre un souffle puissant. Il précède le claquement sonore qui fait vibrer les tympans.

Puis, plus rien ! Un silence assourdissant peuplé d'éclats lumineux s'éparpillent sur le sol et coule sur les murs. L'enfant pleure, sa mère le tire en arrière puis il rit et veut toucher la vitre explosée dont les fragments forment une grande toile dotée d'une vie propre.

Elle continue de craquer et de se fissurer. De l'extérieur on ne voit que ses petites mains tendues et d'autres qui le retiennent.

Existe-t-il encore ? Ou n'est-il plus que ces millions de facettes qui composent son corps comme des pixels une photo ? Sommes-nous un puzzle de cellules qu'un choc peut faire éclater ? Quel amour, telles ces mains qui le retiennent au bord du gouffre, le protège ?

Le trou est noir mais laisse pénétrer l'air et la lumière, l'enfant est fragile, on ne voit de lui que de petits morceaux, mais il vibre, il est vivant.

C'est tout l'équilibre de l'existence humaine.

Joëlle.

 

Publié dans a pied d'oeuvre

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Brigitte P 12/12/2018 23:16

Deux beaux textes que j ai pris grand plaisir à lire. Brigitte.